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de vieille femme séchant sur une corde, des cloisons enplanches rapiéçant çà et là les murailles de granit; unesolitude morne, un accablement profond coupé par lecroassement intermittent des corbeaux; — voilà, aujour-d’hui, le cloître archiépiscopal de Mayence . Une desassises d’un contrefort, frappée par un boulet, a glissétout entière dans son alvéole sous le choc, mais n’est pastombée et apparaît encore là aujourd’hui comme unetouche de clavecin sur laquelle se poserait un doigtinvisible. Deux ou trois statues tristes et terribles, deboutdans un coin sous la pluie et le vent, regardent en silencecette désolation.
Il y a, sous les galeries du cloître, un monument obscur,un bas-relief du quatorzième siècle, dont j’ai cherché vai-nement à deviner l’énigme. Ce sont, d’un côté, des hommesenchaînés dans toutes les attitudes du désespoir; de l’autre,un empereur accompagné d’un évêque et entouré d’unefoule de personnages triomphants. Est-ce Barberousse?Est-ce Louis de Bavière ? Est-ce la révolte de 1160? Est-cela guerre de ceux de Mayence contre ceux de Francfort en1332 ? N’est-ce rien de tout cela? — Je ne sais. J’ai passé outre.
Comme j’allais sortir des galeries, j’ai distingué dansl’ombre une tête de pierre sortant à demi du mur et ceinted’une couronne à trois fleurons d’ache, comme les roisdu onzième siècle. J’ai regardé. C’était une figure douce etsévère en même temps, une de ces faces empreintes de labeauté auguste que donne au visage de l’homme l’habituded’une grande pensée. Au-dessous, la main d’un passantavait charbonné ce nom : Frauenlob. Je me suis souvenude ce Tasse de Mayence , si calomnié pendant sa vie, sivénéré après sa mort. Quand Henri Frauenlob fut mort,en 1318, je crois, les femmes de Mayence , qui l’avaientraillé et insulté, voulurent porter son cercueil. Ces femmeset ce cercueil chargé de fleurs et de couronnes sontciselés dans la lame un peu plus bas que la tête. J’ai regardéencore cette noble tête. Le sculpteur lui a laissé les yeuxouverts. Dans cette église pleine de sépulcres, dans cettefoule de princes et d’évêques gisants, dans ce cloître en-dormi et mort, il n’y a plus que le poète qui soit restédebout et qui veille.