Band 
II.
Seite
132
JPEG-Download
 

132

LE RIIIN.

contre la ligne droite avec tant de violence, quil atteintpresque la beauté. Jamais on na mis au service du mau-vais goût un ciseau plus délicat, une fantaisie plus puis-sante, une invention plus variée. Quatre statues, Crescen-tius, premier évêque de Mayence en 70; Bonifaee, premierarchevêque en 755; Willigis , premier électeur en 1011, etBardo, fondateur du dôme en 1050, se tiennent gravementdebout sur le pourtour du chœur, dominé au-dessus dudais asiatique de larchevêque par le groupe équestre desaint Martin et du pauvre. A lentrée du chœur se dressent,dans toute la pompe mystérieuse du grand prêtrehébraïque, Aaron , qui représente lévêque du dedans, etMelchisôdech, qui figure lévêque du dehors.

Larchevêque de Mayence , comme les princes-évêquesde Worms et de Liège, comme les archevêques de Cologne et de Trêves , comme le pape, réunissait dans sa personnele double pontife. Il était à la fois Aaron et Melchisédech .

Cest une sombre et superbe halle romane que la sallecapitulaire qui avoisine le chœur, et qui répète avec lasplendide menuiserie Pompadour lantithèse des deux grosclochers., rien quun grand mur nu, un pavé poudreuxbossué par les reliefs des tombes, un reste de vitrail à lafenêtre basse, un tympan colorié figurant saint Martin,non en cavalier romain, mais en évêque de Tours; troisgrandes sculptures du seizième siècle, qui sont le Cruci-fiement, la Sortie du tombeau et l 'Ascension; autour de lasalle un banc de pierre pour les chanoines, et, au fond,pour larchevêque président, une large sellette aussi enpierre, qui rappelle cette sévère chaise de marbre des pre-miers papes quon gardeàNotre-Dame-des-Doms dAvignon .Et, si ion sort de cette salle, on entre dans le cloître,cloître du quatorzième siècle qui, de tout temps, a ôté unlieu austère, et qui est aujourdhui un lieu lugubre. Lebombardement de est, écrit partout. De grandesherbes humides, parmi lesquelles moisissent des pierresargentées par la bave des reptiles ; des arcades-ogives auxfenestrages brisés ; des tombes fêlées par les obus commedes carreaux de vitre ; des chevaliers de pierre armés detoutes pièces, souffletés à la face par des éclats de bombe,et nayant plus que cette balafre pour visage; des haillons