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III.
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LE RIIIN.

frisson involontaire, je vous l’avoue, que la haute brous-saille s’est rapprochée de quelques pas.

Je répète : Qui est là? et, au moment où j’allais mar-cher résolument à elle, je la vois qui vient à moi, et j’enentends sortir pour la troisième fois la voix décrépite quidit : Heidenloch.

Dans ces lieux déserts, à ces heures bizarres de la nuit,on est tendre aux superstitions, et je vous déclare quetoutes les légendes du Rhin et du Neckar commençaient àme revenir à l’esprit, et me montaient au cerveau commeune fumée, lorsque le buisson surnaturel se retourna.Alors ce qui était dans j l’ombre fit face à la lune, etj’aperçus une petite vieille courbée jusqu’au menton surun bâton à gros nœuds, presque enfouie sous un gros tasde branchages qui la débordait de tous côtés, ba’ayant laterre derrière elle et se balançant au-dessus de sa tète dela manière la plus fantastique. Elle me regardait avec sesyeux gris en répétant : Heidenloch! Heidenloch!

On eût dit une vieille dryade chassée parles bûcherons,emportant son arbre sur son dos.

C’était tout simplement une pauvre bonne femme quirevenait de couper des broussailles dans la forêt, qui avaitaperçu un étranger, et qui lui avait donné un renseigne-ment, et qui maintenant regagnait sa chaumière au clairde la lune, traînant son fagot par le sentier des géants.

Je l’ai remerciée par quelques kreutzers, tout en Jaconsidérant avec admiration. Je n’ai vu de ma vie uneplus petite vieille sous un plus énorme fagot.

Elle m’adressa, avec un grognement reconnaissant, uneaffreuse grimace gracieuse, qui était, il y a cinquante ans,un frais et charmant sourire. Puis elle me tourna le dos,c’est-à-dire la broussaille ; et, au bout de quelques mi-nutes, arrivée à la pente du mont, elle s’enfonça dans laterre, et s’évanouit comme une apparition. Son explica-tion, du reste, n’expliquait rien. C’était un mot lugubreajouté à une chose lugubre. Voilà tout.

Je vous avoue que je suis resté longtemps à cette place,regardant le trou des Païens, qui est peut-être la tombe ou-verte et vide d’un géant, peut-être une chambre druidique,peut-être le puisard d’un camp romain, ou le réservoir