Band 
III.
Seite
15
JPEG-Download
 

HEIDELBERG .

15

pluvial de quelque couvent byzantin disparu, ou la hideusecave sépulcrale d’un gibet démoli, dont les parois silen-cieuses ont peut-être été arrosées de sang humain,ou com-blées de squelettes, ou assourdies par la danse du sab-bat tournant autour de l’ossuaire ; fosse pleine de ténèbres,dans laquelle la lune jette aujourd’hui un rayon livide,et une vieille femme un mot sinistre.

Quand je l’edcscendis de la montagne, j’aperçus dans lesarbres, sur un sommet voisin, une tour en ruine à laquellese rattache sans doute l’excavation dont la signification estperdue aujourd’hui.

Au reste les païens, c’est-à-dire les sicambres, selon lesuns, et les romains, selon les autres, ont laissé des tracesprofondes dans les traditions populaires qui se mêlent icipartout à l’histoire et l’encombrent. A Lorch, à l’entréedu Wisperthal, il y a un autre trou des Païens aussi nommélleidenloch. A Winkel, sur le Rhin , l’ancienne Vinicella,il y a la rue des Païens, lleidengass; et à Wiesbade, l’ancienYisibadum, il y a le mur des Païens, Heidenmauer.

Je ne compte pas dans ces vestiges païens une espèced’arche dont le tronçon, couvert de lierre, croule dans lamontagne derrière Caub, à une lieue environ de Gutenfels,et que les paysans appellent le pont des Païens, ileidon-brucke, parce qu’il me paraît évident que c’est la ruined’un pont bâti là par les suédois pendant la guerre detrente ans. Au reste, la tradition ne se trompe pas beau-coup. C’est presque un Scipion que ce Gustave-Adolphe ;et ce qu’il vient faire sur le Rhin au dix-septième siècle,c’est la grande guerre classique, la guerre romaine. Lesmêmes stratégies que Polybe raconte dans la guerre pu-nique, Folard les retrouve et les constate dans la guerre detrente ans.

Voilà, cher Louis, les aventures de mes promenades, etje ne m’étonne pas vraiment que les contes et les légendesaient germé de toutes parts dans un pays où les buissonsse promènent la nuit et adressent la parole aux passants.

L’autre soir, au crépuscule, j’avais devant moi une hautecroupe noire et pelée, emplissant tout l’horizon et sur^montée à son sommet d’une grosse tour en ruine, isoléecomme les tours maximiliennes de la vallée de Luiz. Quatre