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III.
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HEIDELBERG .

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tispice gothique du palais de Louis le Barbu , furieusementtroué et crevassé comme par les coups de cornes d’untaureau gigantesque. Derrière soi, sous les ogives d’unporche où s’abrite un puits à demi comblé, on a les quatrecolonnes de granit gris données par le pape au grandempereur d’Aix-la-Chapelle , qui vinrent au huitièmesiècle de Ravenne aux bords du Rhin , et au quinzième desbords du Rhin aux bords du Neckar , et qui, après avoirvu tomber le palais de Charlemagne à Ingelheim , regardentcrouler le château des palatins à Heidelberg .

Tout le pavé de la cour est obstrué de perrons en ruine,de fontaines taries, de vasques ébréchées. Partout la pierrese fend et l’ortie se fait jour.

Les deux façades de la renaissance qui donnent tant desplendeur à cette cour sont en grès rouge, et les statuesqui les couvrent sont en grès blanc, admirable combi-naison qui prouve que ces grands sculpteurs étaient ausside grands coloristes. Avec le temps, le grès rouge s’estrouillé et le grès blanc s’est doré. De ces deux façades,l’une, celle de Frédéric IV , est toute sévère; l’autre, celled’Othon-Henri, est toute charmante. La première esthistorique, la seconde est fabuleuse. Charlemagne dominel’une, Jupiter domine l’autre.

Plus on contemple ces deux palais juxtaposés, plus onpénètre dans leurs merveilleux détails, plus la tristessevous gagne. Étrange destinée des chefs-d’œuvre de marbreet de pierre! un stupide passant les défigure, un absurdeboulet les anéantit, et ce ne sont pas les artistes, ce sontles rois qui y attachent leurs noms. Personne ne sait au-jourd’hui comment s’appelaient les divins hommes qui ontbâti et sculpté la muraille de Heidelberg . Il y a là de larenommée pour dix grands artistes qui flotte au-dessus decette illustre ruine sans pouvoir se fixer sur des noms. UnBoccador inconnu a inventé le palais de Frédéric IV ; unPrimatice ignoré a composé la façade d'Othon-Ilenri; unCésar Césariano perdu dans l’ombre a dessiné les puresogives à triangle équilatéral du manoir de Louis V . Voicides arabesques de Raphaël , voici des figurines de Benve-nuto. Les ténèbres couvrent tout cela. Bientôt cespoëmesde marbre mourront, les poètes sont déjà morts. Ne le