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III.
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HEIDELBERG

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Ce dut être un merveilleux spectacle que ces deux pa-lais d’Othon-Henri et de Frédéric IV vus à la lueur dubombardement, dans la fatale nuit du 21 mai 1693.

M. do Lorges avait posé une batterie dans la plaine,devant le village de Neucnheim, une autre sur le Heiligen-berg, une troisième sur le chemin de Wolfsbrunn, une qua-trième sur le petit Geissberg. Do ces quatre points oppo-sés, les mortiers, entourant Heidelberg comme un cercled’affreuses hydres, plongeaient sans relâche et de tous lescôtés à la fois leurs longs cous do flamme dans la cour duchâteau ; les obus fouillaient le pavé de leurs crânesde fer; les boulets rainés et les boulets rouges passaientparmi des traînées de feu, et à cette clarté se dessinaientsur la façade de Frédéric IV , dans leur posture de combat,les colosses des palatins et des empereurs, cuirasséscomme des scarabées, l’épée à la main, tumultueux etterribles; tandis qu’à côté d’eux, sur l’autre façade, nus,sereins et tranquilles, vaguement éclairés par le reflet desgrenades, les dieux rayonnants et les déesses rougissantessouriaient sous cette pluie de bombes.

Parmi ces figures royales, qui semblent être plutôt desâmes pétrifiées que des statues, deux seulement m’ont paruavoir perdu quelque chose de leur fierté; c’est Louis V etFrédéric V . Il est vrai qu’ils ne font pas partie de l’écla-tante constellation de princes semée sur le palais de Fré-déric IV . Ils sont adossés dans l’ombre à cette ruine qui aété la Grosse-Tour.

Frédéric V est profondément accablé; il semble qu’ilsonge à la faute qui a fait sa destinée. La couronne deBohême, retirée par les bohémiens du front de Ferdinandd’Autriche, avait été proposée par eux à l’électeur de Saxe,qui la refusa; puis à Charles-Emmanuel , duc de Savoie,qui la refusa; puis à Christiern IV, roi de Danemark , quila refusa; ils l’offrirent aux palatins Frédéric V , qui, con-seillé par sa femme, prit cette couronne des deux mains.II se fit couronner à Prague en 161 9 ; puis la guerre éclata,et il alla mourir, errant et banni par les événements qu’ilavait faits, loin de son pays. Sa femme était Élisabeth d’An-gleterre, petite-fille de Marie Stuart . Elle avait apporté endot à son mari la fatalité de sa famille. Ce n’était pas Éli-

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