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III.
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LE RHIN .

Vous m’avez oublié sans doute sur la colline du petitGeissberg, où j’étais quand je me suis mis à vous parler duchâteau de Heidelberg ; et je m’y suis oublié moi-même,tant j’avais été saisi d’une rêverie profonde. La nuit étaitvenue, des nuées s’étaient répandues sur le ciel, la luneétait montée presque au zénith, que j’étais encore assissur la même pierre, regardant les ténèbres que j’avaisautour de moi et les ombres que j’avais en moi. Tout àcoup le clocher de la ville a sonné l’heure sous mes pieds,c’était minuit; je me suis levé et je suis redescendu. Lechemin qui mène à Heidelberg passe devant les ruines.Au moment où j’y arrivais, la lune, voilée par des nuagesdiffus et entourée d’un immense halo, jetait une clartélugubre sur ce magnifique amas d’écroulements. Au delàdu fossé, à trente pas de moi, au milieu d’une vaste brous-saille, la tour Fendue, dont je voyais l’intérieur, m’appa-raissait comme une énorme tête de mort. Je distinguaisles fosses nasales, la voûte du palais, la double arcadesourcilière, le creux profond et terrible des yeux éteints.Le gros pilier central avec son chapiteau était la racinedu nez. Des cloisons déchirées faisaient les cartilages.En bas, sur la pente du ravin, les saillies du pan de murtombé figuraient affreusement la mâchoire. Je n’ai de mavie rien vu de plus mélancolique que cette grande têtede mort posée sur ce grand néant qui s’appelle le châteaudes Palatins.

La ruine, toujours ouverte, est déserte à cette heure.L’idée m’a pris d’y entrer. Les deux géants de pierre quigardent la cour Carrée m’ont laissé passer. J’ai franchi leporche noir sous lequel pend encore la vieille herse defer, et j’ai pénétré dans la cour. La lune avait presquedisparu sous les nuées. 11 ne venait du ciel qu’une clartéblême.

Louis, rien n’est plus grand que ce qui est tombé. Cetteruine, éclairée de cette façon, vue à cette heure, avait unetristesse, une douceur et une majesté inexprimables. Jecroyais sentir dans le frissonnement à peine distinct desarbres et des ronces je ne sais quoi de grave et de respec-