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III.
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HEIDELBERG .

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tueux. Je n’entendais aucun pas, aucune voix, aucun souffle,il n’y avait dans la cour ni ombres ni lumières; une sortede demi-jour rêveur modelait tout, éclairait tout et voilaittout. L’enchevêtrement des brèches et des crevasses lais-sait arriver jusqu’aux recoins les plus obscurs de faiblesrayons de lune; et dans les profondeurs noires, sous desvoûtes et des corridors inaccessibles, je voyais des blan-cheurs se mouvoir lentement.

C’était l’heure où les façades des vieux édifices aban-donnés ne sont plus des façades, mais des visages.

Je m’avançais sur le pavé inégal et montueux sans oserfaire de bruit, et j’éprouvais entre les quatre murs de cetteenceinte cette gêne étrange, ce sentiment indéfinissableque les anciens appelaient l 'horreur des bois sacrés. Il ya une sorte de terreur insurmontable dans le sinistre mêléau superbe.

Cependant j’ai gravi les marches vertes et humides duvieux perron sans rampe, et je suis entré dans le vieuxpalais sans toit d’Othon-IIenri. Vous allez rire peut-être;mais je vous assure que marcher la nuit dans des chambresqui ont été habitées par des hommes, dont les portes sontdécorées, dont les compartiments ont encore leur signifi-cation distincte; se dire : — Voici la salle à manger, voicila chambre à coucher, voici l’alcôve, voici la cheminée, —et sentir de l'herbe sous ses pieds, et voir le ciel au-dessusde sa tête, c’est effrayant. Une chambre qui a encore lafigure d’une chambre, et dont le plafond a été enlevé parune main invisible comme le couvercle d’une boîte,devient une chose lugubre et sans nom. Ce n’est plus unemaison, ce n’est pas une tombe. Dans un tombeau on sentl’àme de l’homme ; dans ceci on sent son ombre.

Au moment où j’allais passer du vestibule dans la salledes Chevaliers , je me suis arrêté. 11 y avait là un bruitsingulier, d’autant plus distinct, qu’un silence sépulcralremplissait le reste de la ruine. C’était une sorte de râle-ment, faible, strident, continu, mêlé par instants d’un petitmartellement sec et rapide, qui tantôt paraissait venir dufond des ténèbres, d’un point éloigné du taillis ou del’édifice, tantôt semblait sortir de dessous mes pieds,d’entre les fentes du pavé. D’où venait ce bruit? De quel