Band 
III.
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FREIBURG EN BRISGAW.

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insolences me mettaient presque en colère, et j’étais tentéd’avertir le postillon. Quand il y eut plus de jour dans l’airet moins de sommeil dans ma tête, je reconnus que ce nainsautant dans sa chape d’or était un petit bouton de cuivreà houppe écarlate vissé dans la croupière du cheval. Tousles mouvements du cheval se communiquaient à la crou-pière en s’exagérant, et faisaient prendre au bouton decuivre mille folles attitudes. — Je me réveillai tout àfait. —11 avait plu toute la nuit, mais lèvent dispersait lesnuées; des brumes laineuses et diffuses salissaient çà et làle ciel comme les épluchures d’une fourrure noire; à madroite s’étendait une vaste plaine brune à peine effleuréepar le crépuscule; à ma gauche, derrière une collinesombre, au sommet de laquelle se dessinaient de vivessilhouettes d’arbres, l’orient bleuissait vaguement. Dans cebleu, au-dessus des arbres, au-dessous des nuages, Vénusrayonnait. — Vous savez comme j’aime Vénus. — Je laregardais sans pouvoir en détacher mes yeux, quand toutà coup, à un tournant de la route, une immense flèchenoire découpée à jour se dressa au milieu de l’horizon.Nous étions à Freiburg .

Quelques instants après, la voiture s’arrêta dans unelarge rue neuve et blanche, et déposa son contenu pêle-mêle, paquets, valises et voyageurs, sous une grande portecochère éclairée d’une chétive lanterne. Mon compagnonfrançais me salua et me quitta. Je n’étais pas fâchéd’arriver, j’étais assez fatigué. J’allais entrer bravementdans la maison, quand un homme me prit le bras et mebarra le passage avec quelques vives paroles en allemand ,parfaitement inintelligibles pour moi. Je me récriai en bonfrançais , et je m’adressai aux personnes qui m’entouraient;mais il n’y avait plus là que des voyageurs prussiens, autri-chiens, badois, emportant l’un sa malle, l’autre sonporte-manteau, tous fort allemands et fort endormis. Mesréclamations les éveillèrent pourtant un peu, et ils merépondirent. Mais pas un mot de français chez eux, pas unmot d’allemand chez moi. Nous baragouinions de part etd’autre à qui mieux mieux. Je finis cependant par com-prendre que cette porte cochcre n’était pas un hôtel;c’était la maison de la poste, et rien de plus. Comment