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qui ne sortait presque jamais et vivait séparée du mondeentier, sans une créature humaine pour la servir, en proieau désespoir et à la terreur. Voilà ce que c’était quel'amour de Napoléon Buonaparté ! — 11 avait en outre,— car ce jaloux féroce était un libertin effronté, Othellocompliqué de don Juan, — il avait en outre, dans tous lesquartiers de Paris , de petites chambres, des caves, desmansardes, des oubliettes louées sous des noms supposés,où il attirait sous divers prétextes des jeunes filles pauvres,etc., etc., etc. De là des troupeaux d’enfants, petitesdynasties inédites, relégués aujourd’hui dans des greniersou ramassant des loques et des haillons au coin des bornessous une hotte de chiffonnier. Voilà ce que c’étaient queles amours de Napoléon Buonaparté ! — Qu’en dites-vous?La première histoire rappelle un peu Geneviève de Brabant au fond de son bois ; la seconde est renouvelée du Minotaure .J’en ai entrevu bien d’autres et de pires, mais je n’ai paseu le courage d’aller plus loin. Je n’ai jamais de bienlongues rencontres avec ces livres que l’ennui ouvre etque le dégoût ferme. ^
Vous riez de cela? Je vous avoue que je n’en ris pas. Ily a toujours dans les calomnies dirigées contre les grandshommes, tant qu’ils sont vivants, quelque chose qui meserre le cœur. Je me dis : Voilà donc de quelle manière lareconnaissance contemporaine a traité ces génies que lapostérité entoure de respect, les uns parce qu’ils ont faitleur nation plus grande, les autres parce qu’ils ont faitl’humanité meilleure! Soyez Molière , on vous accuserad’avoir épousé votre fille; soyez Napoléon , on vous accuserad’avoir aimé vos sœurs. — La haine et l’envie ne sont pasinventives, direz-vous; elles répètent toujours à peu prèsles mêmes niaiseries, lesquelles deviennent inoffensives àforce d’être répétées. Qu’est-ce qu’une calomnie qui estun plagiat? — Sans doute, si le public le savait; maisest-ce que le public sait que ce que l’on dit aujourd’hui dugrand homme d’aujourd’hui est précisément ce qu’on disaithier du grand homme d’hier? L’envie et la haine n’in-ventent rien. D’accord. Mais la foule ignore tout. Lesgrands hommes ont dédaigné tout cela, diriez-vous encore.Sans doute; mais qui vous dit qu’ils n’ont pas souffert