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III.
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LE RHIN .

du Turc, comme on l’appelait, étaient fabuleuses; sonrevenu dépassait quinze millions d’or. La sultane, sœur deSélim, avait deux mille cinq cents sequins d’or de rentepar jour. Le Turc était le plus grand prince en cavalerie.Sans compter sa garde immédiate, les quatorze mille janis-saires, qui étaient une infanterie, il entretenait constam-ment autour de lui, sur le pied de guerre, cinquante millespahis et cent cinquante mille timariots, ce qui faisaitdeux cent mille chevaux. Ses galères étaient innombrables.L’année d’après Lépante, la flotte ottomane tenait encoretête à toutes les marines réunies de la chrétienté. Il avaitde si grosse artillerie, que, s’il fallait en croire les bruitspopulaires, le vent de ses canons ébranlait les murailles.On se souvenait avec frayeur qu’au siège de Constanti-nople, Mahomet II avait fait construire, en maçonnerie liéede cercles de fer, un mortier monstrueux qu’on manœu-vrait sur rouleaux, que deux mille jougs de bœufs pou-vaient à peine traîner, et qui, inclinant sa gueule sur laville, y vomissait nuit et jour des torrents de bitume etdes blocs de rochers. Les autres princes, avec leurs enginset leurs bombardes, semblaient peu de chose auprès de cessauvages sultans qui versaient ainsi des volcans sur lesvilles. La puissance du Turc était tellement démesurée, etil savait si bien faire front de toutes parts, que, tout enguerroyant contre l’Europe , Soliman avait pris à la Persele Diarbékir , et Amurat la Médie ; Sélim avait conquis surles mameluks l’Égypte et la Syrie , et Amurat lit avaitexterminé les géorgiens ligués avec le sophi. Le sultan nemettait en communication avec les rois de la chrétientéque la porte de son palais. Il datait de son étrier impérialles lettres qu’il leur écrivait, ou plutôt les ordres qu’il leurdonnait. Quand il avait un accès de colère, il faisait casserles dents à leurs ambassadeurs à coups de poing par lebourreau. Pour les turcs mêmes, l’apparition du sultan,c’était l’épouvante. Les noms qu’ils lui donnaient expri-maient surtout l’effroi; ils l’appelaient le fils de l’esclave,et ils nommaient son palais d’été la maison du meurtrier.Ils l’annonçaient aux autres nations par des glorificaiionssinistres. Où son cheval passe, disaient-ils, l’herbe ne croitplus.