Band 
III.
Seite
162
JPEG-Download
 

162

LE RHIN .

fanterie. On disait en Europe : cavalerie, turque, infanterieespagnole . Être grave comme un gentilhomme, diligentcomme un miquelet, solide aux chocs d’escadrons, imper-turbable à la mousquetade, connaître son avantage et sondésavantage à la guerre, conduire silencieusement sa furie,suivre le capitaine, rester dans le rang, ne point s’égarer,ne rien oublier, ne pas disputer, se servir de toute chose,endurer le froid, le chaud, la faim, la soif, le malaise, lapeine et la fatigue, marcher comme les autres combattent,combattre comme les autres marchent, faire de la pa-tience le fond de tout et du courage la saillie de la patience ;voilà quelles étaient les qualités du fantassin espagnol .C’était le fantassin castillan qui avait chassé les maures,abordé l’Afrique, dompté la côte, soumis l’Éthiopie et laCafrerie, pris Malacca et les îles Moluques , conquis lesvieilles Indes et le nouveau monde. Admirable infanteriequi ne se brisa que le jour où elle se heurta au grandCondé! Après l’infanterie espagnole venait, par ordred’excellence, l’infanterie wallonne, et l’infanterie wallonneétait aussi au roi d’Espagne . Sa cavalerie, qui ne le cédaitqu’à la turque, était la mieux montée qui fût en Europe ;elle avait les genets d’Espagne , les coursiers de Règne, leschevaux de Bourgogne et de Flandre . Les arsenaux du roicatholique regorgeaient de munitions de guerre. Rien quedans les trois salles d’armes de Lisbonne , il y avait des cor-selets pour quinze mille hommes de pied, et des cuirassespour dix mille cavaliers. Ses forteresses étaient sans nombreet partout, et dix d’entre elles, Collioure, Perpignan etSalses au midi, au nord Gravelines, Dunkerque, Hesdin ,Arras, Valenciennes, Philippeville et Marienbourg , faisaientbrèche à la France d’aujourd’hui.

La plus grande puissance de l’Espagne , si puissante parses forteresses, sa cavalerie et son infanterie, ce n’était nison infanterie, ni sa cavalerie, ni ses forteresses, c’était saflotte. Le roi catholique, qui avait les meilleurs hommes deguerre de l’Europe , avait aussi les meilleurs hommes demer. Aucun peuple navigateur n’égalait à cette époque lescatalans, les biscayens, les portugais et les génois. Séville ,qui comptait alors parmi les principales villes maritimesde l’Europe , bien que située assez avant dans les terres,