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[Tome 2.]
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Nous avons fait pour ainsi dire sans nous en apercevoir, les six lieues qui séparent Berne de Thun , et le silence involontaire que nous avons observé dans notre course na étéinterrompu que par les exclamations de surprise et denchantement que nous a causé lavue du beau pays qui sétendait devant nous, et que nous traversions par un chemin bordéde charmantes habitations et de bouquets darbres qui , de toutes parts, répandent lombreet la fraîcheur ; mais ce qui surtout nous a tenus dans un continuel étonnement, cestlaspect des cimes anguleuses et polies des glaciers de lOberland qui nous apparaissaientpour la première fois , car jusqualors, et depuis notre entrée en Suisse , des nuages épaisles avaient enveloppés de leurs impénétrables replis.

Lair était pur ; aucune vapeur passagère ne ternissait léclat de la voûte des cieux ; lesoleil frappait de ses rayons les masses énormes des rochers qui scintillaient de mille feux ;jamais plus imposant spectacle ne sétait offert à nous! Ces monts cuirassés de glaces éter-nelles , et qui sont comme pour attester le pouvoir de lêtre qui jeta leurs fondemensindestructibles , ces remparts inexpugnables de neiges qui sélèvent en amphithéâtreautour deux, lincroyable variété de leurs formes se dessinant sur lhorizon, tout noussaisissait du respect le plus religieux et plongeait notre âme dans un recueillement profond,d elle sélevait insensiblement jusquà celui dont elle tient son immortalité.

Ne croyez pas que le sentiment que nous éprouvions fût le résultat de la surprise queprovoquait la vue de lieux nouveaux pour nous. Non : les Alpes sont, pour lindigènecomme pour létranger , un tableau qui produit toujours les mêmes effets , qui ne vieillitpoint et qui remplit lesprit des plus consolantes pensées , en lui présentant, sous desformes matérielles , un monument de cette éternité dont nous sommes si avides , et de lapossession de laquelle lhomme vertueux aime à trouver des gages certains dans tout cequi lenvironne.

Thun semble avoir été placée par la nature au sein du riche paysage qui lentoure,comme le serait une fabrique dun style simple , mais pittoresque, au milieu dun riantjardin. Des routes bien percées, et quabritent de leur feuillage touffu des arbres despècesvariées, y conduisent agréablement. De distance en distance, et sous des noyers vigoureuxou de jeunes tilleuls dont les rameaux se balancent mollement dans lair , une prévoyancehospitalière a placé des bancs sur lesquels se repose le voyageur fatigué. Il est àremarquer qu on a mis une attention particulière à les établir sur les points d londécouvre les plus beaux aspects.

C est donc par 1 une de ces ravissantes promenades , la main de lhomme na faitqu aider la nature sans mutiler son oeuvre, que nous arrivâmes à Thun dont les toitsobscurs et les murs gothiques nont rien qui flatte lœil. Cependant, les pâtres et les