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Nous avons fait pour ainsi dire sans nous en apercevoir, les six lieues qui séparent Berne de Thun , et le silence involontaire que nous avons observé dans notre course n’a étéinterrompu que par les exclamations de surprise et d’enchantement que nous a causé lavue du beau pays qui s’étendait devant nous, et que nous traversions par un chemin bordéde charmantes habitations et de bouquets d’arbres qui , de toutes parts, répandent l’ombreet la fraîcheur ; mais ce qui surtout nous a tenus dans un continuel étonnement, c’estl’aspect des cimes anguleuses et polies des glaciers de l’Oberland qui nous apparaissaientpour la première fois , car jusqu’alors, et depuis notre entrée en Suisse , des nuages épaisles avaient enveloppés de leurs impénétrables replis.
L’air était pur ; aucune vapeur passagère ne ternissait l’éclat de la voûte des cieux ; lesoleil frappait de ses rayons les masses énormes des rochers qui scintillaient de mille feux ;jamais plus imposant spectacle ne s’était offert à nous! Ces monts cuirassés de glaces éter-nelles , et qui sont là comme pour attester le pouvoir de l’être qui jeta leurs fondemensindestructibles , ces remparts inexpugnables de neiges qui s’élèvent en amphithéâtreautour d’eux, l’incroyable variété de leurs formes se dessinant sur lhorizon, tout noussaisissait du respect le plus religieux et plongeait notre âme dans un recueillement profond,d’où elle s’élevait insensiblement jusqu’à celui dont elle tient son immortalité.
Ne croyez pas que le sentiment que nous éprouvions fût le résultat de la surprise queprovoquait la vue de lieux nouveaux pour nous. Non : les Alpes sont, pour l’indigènecomme pour l’étranger , un tableau qui produit toujours les mêmes effets , qui ne vieillitpoint et qui remplit l’esprit des plus consolantes pensées , en lui présentant, sous desformes matérielles , un monument de cette éternité dont nous sommes si avides , et de lapossession de laquelle l’homme vertueux aime à trouver des gages certains dans tout cequi l’environne.
Thun semble avoir été placée par la nature au sein du riche paysage qui l’entoure,comme le serait une fabrique d’un style simple , mais pittoresque, au milieu d’un riantjardin. Des routes bien percées, et qu’abritent de leur feuillage touffu des arbres d’espècesvariées, y conduisent agréablement. De distance en distance, et sous des noyers vigoureuxou de jeunes tilleuls dont les rameaux se balancent mollement dans l’air , une prévoyancehospitalière a placé des bancs sur lesquels se repose le voyageur fatigué. Il est àremarquer qu on a mis une attention particulière à les établir sur les points d’où l’ondécouvre les plus beaux aspects.
C est donc par 1 une de ces ravissantes promenades , où la main de l’homme n’a faitqu aider la nature sans mutiler son oeuvre, que nous arrivâmes à Thun dont les toitsobscurs et les murs gothiques n’ont rien qui flatte l’œil. Cependant, les pâtres et les