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[Tome 2.]
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remplir démotions nouvelles et non moins vives que celles dont notre âme avait été déjàsi souvent agitée. Ces monts dune éblouissante blancheur, à lentour desquels la nuitdéroulait ses voiles sombres, nous semblaient autant dêtres surnaturels descendus sponta-nément des demeures immortelles pour protéger les peuples de ces heureuses contrées.Silencieux et debout, nous paraissions retenus à notre place par une puissance invisible :chacun de nous hésitait à communiquer aux autres ses propres impressions , dans lacrainte de faire évanouir le charme mystérieux qui tenait notre imagination sous sonempire fantastique.

III e LETTRE. Thun , le 16 juillet 1822.

tome.

Si quelquautre que vous, étranger aux grandes émotions dont on ne peut se défendreà la vue des Alpes, lisait notre dernière lettre , il pourrait simaginer que nous parcouronsdes pays inhabités ; car cédant à notre enthousiasme , et perdus dans les espaces infinis ,nous ne nous sommes occupés quà décrire, autant que la permis linsuffisance de nosexpressions , les sublimes beautés des ouvrages du créateur, sans songer à la créature :mais, abandonnant le séjour des nuages et des illusions notre esprit nous avait trans-portés , nous redescendons pour un moment à des détails purement terrestres.

Tout annonce dans les lieux que nous traversons le bonheur, la prospérité, laisance,doux fruits dune économie bien entendue et dun sage gouvernement. Il y a tant de soin ,on pourrait dire tant de grâce dans le vêtement des femmes et des hommes que nous ren-controns , quon les croirait parés de leurs habits de fêtes.

Les maisons, simples et uniformes dans leur rustique architecture, sont cependant à1 extérieur comme dans 1 intérieur dune élégante propreté. Tout y révèle lordre , la pré-voyance , la vigilance active du propriétaire.

Berne , ou nous nous sommes à peine arrêtés , occupe un plateau élevé, dont lesdétours de 1 Aar forment une presquîle. Ses rues, le long desquelles régnent des galeriescouvertes, comme on en retrouve dans plusieurs anciennes villes du midi de la France ,ont par cela meme quelque chose de morne et de silencieux, parce que les piétons , réfu-giés sous ces passages obscurs , laissent absolument la rue sans mouvement et sans bruit.