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Mais le plaisir de causer avec vous nous a entraînés bien loin aujourd’hui, et nous nousapercevons peut-être trop tard de la longueur de cette lettre. Nous vous l’envoyons pour-tant à nos risques et périls.
VI e LETTRE. Iktehlachen , le 25 juillet 1822.
«L.
Ce matin, dès l’aube du jour, nous étions en observation au pavillon de Hohbühl.Notre curiosité , éveillée par les récits pompeux de nos guides, nous y avait conduits. Ilest placé sur une éminence au penchant du mont Harder. Le spectacle que l’on découvrede ce lieu est en effet merveilleux , et il serait difficile de trouver un panorama plus étenduet plus varié. On plane sur les lacs de Thun et de Brienz ; sur Interlachen , Unterseen , etles hameaux répandus dans la plaine ; on embrasse dans son entier la partie méridionaledes Alpes , qui forme l’enceinte du vallon. La Suleck, le Schwalbern, le Abendberg ,élèvent çà et là leurs sommets escarpés : plus loin , derrière eux, le Niésen montreencore sa tête pyramidale, et enfin , comme encadrée au milieu des forêts qui tapissent lerevers de quelques rochers occupant un plan moins reculé , la Jungfrau étend les plis desa robe de glace.... Eh bien ! faut-il vous l’avouer ? ce tableau magique , où les teintes bril-lantes de l’été s’unissent aux nuances austères de l’hiver , nous a causé plus d’étonnementque de plaisir. Nos regards éblouis cherchaient 'a se reposer sur des images d’une moindreétendue , dont les formes et les couleurs ne pussent leur échapper. Aussi nous sommes-nous éloignés du pavillon de Hohbühl plein de cette idée, que pour le curieux qui n’aspirequ’à des émotions rapides et passagères, qui veut être surpris et non touché , aucun lieusans doute n’est préférable à celui-ci; mais que, pour l’homme doué d’un âme tendre, d’unesprit observateur et recueilli, un cadre plus étroit a plus de charmes : là, tout s’harmonisesans se confondre , chaque objet reçoit de celui qui l’approche un effet plus prononcé ,et la pensée, aussi bien que les yeux , étudie avec ravissement les plus petits détails.
Nous descendions lentement le sentier par lequel nous étions parvenus à la rotonde,nous avions traversé un bois de pins nouvellement plantés, lorsqu’un paysage de l’espècede ceux que la grande machine du Hohbühl nous avait rendus si précieux, s’offrit ànotre vue. C’était l’Aar et le pont de Zollbrük , qui se présentaient à nous : nous les con-templions à nos piecfs : à quelque distance de là , le promontoire de Burg , les masses deses beaux rochers , les arbres qui les couronnent, la tour gothique de l’ancienne église de