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Suisse . Ils s’embrassèrent fraternellement et nous fûmes bientôt instruits de la cause de lavive émotion à laquelle cet homme s’abandonnait.
Dégoûté de tout, entraîné par de vagues désirs, il avait, trois ans auparavant, quittéson humble chalet. Les caresses de ses enfans n’allaient plus à son cœur; les accensd’une compagne fidèle ne le faisaient plus tressaillir de joie ni d’amour ; la vue de ceReichenbach, qui maintenant faisait couler de ses yeux de si douces larmes, lui paraissaitinsipide. L’ombre des arbres qui protégeaient sa paisible demeure l’importunait , ilaurait vu sans regret la hache meurtrière les atteindre ; l’aspect du toit de ses pères, leslieux témoins des jeux de son enfance , tout lui était devenu indifférent... Il partit. Ilparcourut d’abord quelques villes de l’Allemagne et fut étonné de n’y point éprouver lessensations nouvelles qu’il y cherchait. Il n’était pas arrivé en Prusse que déjà le souvenirde son pays le tourmentait. Cependant il poursuivit son voyage, espérant toujours qu’en
de nouveaux climats il trouverait un remède à son malaise.Vain espoir ! l’Espagne ,
l’Angleterre, la France , laissèrent son âme fermée atout autre chose qu’à l’image de laSuisse : il n’était occupé que de la vallée de Meyringen , de la chute du Reichenbach, etles noms de ces lieux chéris n’arrivaient point à son oreille sans lui arracher des larmesde douleur : enfin, il reconnut son erreur, et après trois ans d’une pénible absence, ilrevint chercher le bonheur, qu’il avait perdu , près de sa famille heureuse de le revoir... Ilétait de retour à Meyringen depuis huit jours. Il en visitait les environs avec un intérêtqui toujours allait croisant. « Ah ! nous disait ce bon Helvétien, combien tout ce que j’ai« vu va me faire aimer ma patrie , le chalet de mon père et tous les objets que j’y avais« laissés, et que , Dieu merci ! j’y ai retrouvés encore ! » A ces derniers mots, l’attendris-sement du brave montagnard devint communicatif, et chacun de nous sentit vibrer dansson cœur la corde qui retentissait dans le sien (i).
A partir de ce point, la route devient à chaque pas plus intéressante et plus pittoresque.A la vue de tant®de sites variés si richement, le peintre doit rester indécis dans son choix :c’est ce qui est arrivé à Villeneuve : enchanté de la diversité des beaux aspects de ces cam-pagnes , il commença et recommença dix fois des esquisses qu’il n’acheva point. Cepen-dant , une pompeuse décoration vint mettre un terme à ses longues hésitations. Les picsmajestueux du Wetterhorn et les rochers déchirés du Wellhorn en formaient le fond ; lefront du premier , couvert d’une neige éblouissante , se détachait, lumineux , sur un ciel
(1) Les charmes du pays sont inexplicables et rien ne peut y suppléer. L’infortuné Roucher a dit :
Ma patrie ! . .. . à ce nom si doux et si chéri,
Jusqu’au fond de mon coeur je me sens attendri.
Un penser douloureux, qui pourtant a des charmesEt me trouble , et m’oppresse et fait naître mes larmes.. ■