U. N u 93. ABBAYE UE KOENIUSFELbEN.
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sc séparèrent à l’instant pour tou-jours. L’empereur expira entre lesbras d’une pauvre femme qui sctrouvait par hasard sur le chemin.
Ce crime répandit l'épouvante par-tout. Zurich ferma scs portes, quiétaient ouvertes depuis trente ans;toutes les villes levèrent des troupeset prirent des mesures de défense ;les Waldstælten eux-mêmes, quiavaient tout a gagner par la mort deleur plus cruel ennemi, bâtirent àla lutte la tour de Stansstad , etpiaulèrent des palissades sur lesbords du lac.
Cependant le fils et la fille d’Al-bert (Léopold et Agnès, veuve d’unroi de Hongrie ), poursuivirent avecun acharnement sans bornes lesamis et les parents des conspirateurs,meme ceux qui n’avaient eu aucunepart à ce crime. Le nombre des vic-times s’éleva, à ce que dit Müller,à plus de mille. Agnès surtout sc si-gnala par sa cruauté. On dit qu’aFahrwangen , voyant couler à sespieds le sang de 63 chevaliers in-nocents, elle s’écria: «Je me baignedans la rosée de mai. » En vain l’é-pouse du chevalier Rodolphe deWarl embrassa ses genoux et les ar-rosa de ses larmes pour obtenir lagrâce de son époux. 11 fut roué vif et«posé encore vivant à la voracitédes oiseaux de proie. «Du haut dela roue, dit Zschokke, il ne cessadu consoler sa fidèle compagne, quifesta seule auprès de lui agenouil-lée, priant, versant des larmes jus-(|u’à ce que cette âme chérie se fûtenvolée vers les deux.» Walther(1 lischenbach vécut 35 ans sous l’ha-mt de berger dans le Wurtemberg,et ne se lit connaître qu’à l’instantde sa mort. Quant au duc Jean , ilpassa en Italie , déguisé en moine;on le vit à Vise , mais il disparutensuite.
Ainsi que nous l’avons dit plushaut, Agnès termina cette tragédiePar la fondation du couvent de Kœ-•"gsfelden, où elle vécut 57 ans, et(juelle construisit avec la fortunedes auteurs réels ou supposés deassassinat de son père. — On jour,omtne elle invitait les passants à se
rendre dans son éulise. le frère 11er-tliold Strubel ,'d'Oftringen , s’écriadevant elle : «Madame, c’est unemauvaise dévotion que de répandrele sang innocent et de fonder descouvents avec des richesses injuste-ment ravies.»
« En cette abbaye , écrivait Mon taigne en J580, il y a des michesde pain toutes prêtes et de la soupepour les passants qui en demandent,et jamais n’en y a nul refusé de l'in-stitution de l’abbaye.» Déjà à celleépoque, les deux couvents qui endépendaient , l’un de elarisscs,l’autre de frères-mineurs, avaientété sécularisés (1528) et transformésen hôpitaux par le gouvernementbernois, qui les possédait alors. De-puis la révolution, le gouvernementargovieu à adjoint à cet hôpital unétablissement pour les aliénés. L’u-sage s’est conservé de distribuerannuellement aux pauvres des envi-rons quelques centaines de mesuresde blé.
L’église de Kœnigsfelden , où, de-puis 1826, un chapelain célèbre le ser-vice divin, est nue et dépouillée detous ses ornements; elle n’a pas mêmeconservé son ancien autel, qui en futenlevé et transporté à Wettingeu à l’é-poque de la réformation. Les vitrauxreprésentent, avec tout l’art du xiv esiècle , la tragique histoire d’Albertet de sa tille, et les murailles sontdécorées d’une longue suite de por-traits des chevaliers tués à Sempacltet du duc Léopold leur chef.
« De cette église, dit M. Raoul-Rochette , on entre immédiatementdans une vaste salle, dont le pavén’est formé que de pierres tumulai-res. Là sont déposés ces fidèles al-liés de l’Autriche , ces braves et in-fortunés gentilshommes qui s’immo-lèrent pour sa cause à Morgarten, àSempaclt, et ailleurs... Au centre,s’é-lève uiieespèced’au tel en marbre noiret en forme de catafalque , entouréd’une balustrade de bois. L’inscrip-tion allemande qui s’y lit contientles noms de neuf princes et princessesde la famille impériale, déposés jadisdans le caveau creusé au-dessous...Mais ce caveau est maintenant vide.
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