DES MATHEMATIQUES. Part. IV. Liv. IX. 533
VIII.
Pendant qu’on faisoit les belles découvertes qu’on a exposéesdans les articles précédens , l’Académie des sciences, toujoursattentive à leur principal objet qui est de servir à la société ,n’oublioit rien pour tirer ce fruit de l’Astronomie, en perfec-tionnant par son moyen la navigation et la géographie. On voitcette savante compagnie rassembler avec soin dès sa naissancetoutes les observations propres à ce grand dessein , entretenirdes correspondances avec les observateurs les plus habiles ré-pandus dans différens pays , dépêcher enfin quelquefois desobservateurs pour éclaircir des points importans de géographie.Les voyages entrepris par MM. Picard et Richer n’étoient passeulement relatifs à l’Astronomie ; ils avoient aussi pour objetla géographie et la navigation, ainsi que de déterminer d’unemanière sûre la position de divers lieux.
Il étoit naturel que l’exécution de ce grand projet commençâtpar la France; aussi fut-ce le premier travail que s’imposa l’Aca-dernie avec l’agrément du ministère. On voit dès les années i 6 jiet divers géomètres et observateurs dispersés dans les pro-
vinces, en lever géométriquement le plan , et fixer la positiondes points principaux par des observations célestes. Mais ce futen 1679 qu’on commença à mettre plus d’activité dans cetteentreprise. On réputa qu’il falloit d’abord bien établir les extré-mités du royaume dans tous les sens. Picard et de La-Hirefurent chargés de ce travail auquel ils employèrent environdeux ans. ün peut voir le détail de leurs observations et deleurs courses dans l’histoire particulière de l’Académie ; il suf-fira d’en présenter le résultat qui est très-propre à justifier l’uti-lité de ces travaux.
En effet, on ne sauroit se représenter combien de grossièreserreurs se trou voient dans la carte de la France , avant quel’Académie eut entrepris de la réformer. Toutes les bornes enétoient considérablenent déplacées. Les géographes mettoiententre Brest et Paris une différence en longitude, de 8°, et 9à 10 f . Les observations réitérées de Picara et de La-Hire ap-prirent qu’elle n’étoit que de 6° , 64/ ; de sorte que cette pointede la Bretagne étoit avancée dans la mer de plus de 3 o lieuesqu’il ne falloit. Il en étoit à peu près de même de toute la côtede l’Océan. Il y a plus, la latitude de la plupart des villes mé-ridionales du royaume étoit marquée moindre qu’elle n’étoit,et l’erreur qui alloit toujours en croissant à mesure qu’on s’éloi-gnoit de la capitale , étoit de plus d’un demi-degré aux fron-tières ; erreur monstrueuse , si l’on considère avec quelle