4*3 - HISTOIRE
plication de la théorie de la probabilité à la jurisprudence. Ils’y proposoit plusieurs questions curieuses dont il donnoit l’ana-lyse, comme de déterminer la vie moyenne d’un homme, selonl’ùge auquel il étoit parvenu ; la va.leur actuelle d’une rente oud’un capital payable seulement après un nombre d’années écou-lées ; après quel terme d’années on peut regarder comme mortun homme qui a disparu , &c, &c.
On voit aussi par la quatrième partie de 1 'Ars conjeetandide Jacques Bernoulli, quil avoit dessein de terminer cet ouvragepar des applications de cette théorie à la jurisprudence, à la po-litique et à l’économie civile. Mais cette quatrième partie restaimparfaite, et personne jusqu’à ces derniers temps n’avoit entreprisd’y suppléer. Condorcet, excité par Turgot, ministre éclairé,cntrepiit de le faire , en examinant, selon les lois de cette théorie,un des objets les plus importuns pour l’humanité , savoir laprobabilité des décisions qui se forment à la pluralité des voix.Je dis un des objets les plus importans à l'humanité; car cetexamen conduit naturellement à celui de la constitution desloix de nos tribunaux qui ont à prononcer sur la fortune etsur la vie des citoyens. De l’analyse à laquelle Condorcet sou-met cette matière , il résulte des conclusions fort remarquables,et dignes de l’attention des législateurs. Ce livre est intitulé :Lissai d’application de l’analyse aux décisions qui se donnentà la pluralité des voix (Paris, ij'ào , in- 4°-). Après l’exposi-tion des principes de la théorie de la probabilité, l’auteur donneles résultats des calculs qu’exige la matière.
Pour qu’un tribunal, criminel surtout, soit aussi bien cons-titué qu’il devroit l’être, il doit être tel, qu’en supposant auxjuges un certain degré de capacité, il y ait un immense degréde probabilité qu’un innocent ne sauroit être condamné , qu’ily en ait aussi un très-grand qu’un coupable ne sauroit êtreabsout; celui-ci peut être beaucoup moindre, car tout bomineayant un peu d’humanité , sentira qu’il y a beaucoup moinsd’inconvénient à ce qu’un et même plusieurs criminels échappent,qu’à faire périr un innocent. Or on ne peut satisfaire à ces deuxconditions qu’au moyen d’une certaine pluralité relative , soitau nombre des juges, soit à leur capacité.
En parlant de cette capacité, il se présente d’abord une qües-tion, savoir comment on peut l’évaluer. Il faut convenir qu’ily a ici de l’hypothétique. On peut néanmoins faire sur celaune hypothèse probable pour servir de base à ce calcul.
Sans doute un juge seroit un très-mauvais juge, si, sur deuxjugemens qu’il porteroit , il y en avoit un de mauvais ; autantvaudroit jouer la décision à croix ou pile. Mais je crois qu’on