Band 
Tome I.
Seite
49
JPEG-Download
 

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

49

dont la quantité soit rigoureusement assignable, et dont l’accroissementï ou le déclin soient soumis à des lois déterminées. Mais parmi ces biens' mêmes rigoureusement appréciables, se trouvent les plus belles institu-

| tions de la société, les plus nobles vertus, les plus rares talents. L’éco-

y

nomie politique en fait sentir tout le prix.

i C’est être injuste que de prétendre que l’économie politique, parcequ’elle découvre les moyens dont se produisent les bien appréciablesj pour tous les hommes, méprise ceux qui n’ont qu’une valeur personnelle,ï comme la considération, la santé dont on jouit, etc. Fait-on le même re-l proche à la législation civile parce qu’elle ne s’occupe que des biens et| des intérêts temporels? Un des grands moyens de perfectionnement des| connaissances humaines, est de se tenir dans les bornes prescrites par la| nature des choses à chaque branche de connaissances. C’est alors quel’on peut espérer de savoir tout ce qu’il est permis d’en savoir.

:• Un reproche du même genre, adressé à l’économie politique, a étéd’éveiller dans les hommes des sentiments de cupidité. Nous verrons tout| à l’heure si ce reproche a quelque fondement; mais ne peut-on pas com-" mencer par mettre en doute si le désir d’amasser du bien , lorsqu’il est .contenu dans les bornes que lui prescrivent la raison et les lois, est aussifâcheux qu’on le suppose, pour la morale et pour la société ? Une des plusfortes garanties qu’on ait de la bonne conduite des hommes, est le besoinqu’ils éprouvent de l’estime de leurs semblables. C’est cette estime quileur fournit des moyens d’existence, et d’une existence mêlée de satisfac-tion et de bonheur. Une personne mésestimée, repoussée par tout lemonde, ne trouve aucun emploi de son temps ni de ses facultés, et nejouit d’aucun des avantages de l’ordre social. Parmi les moyens de con-c sidération, la fortune est un des plus puissants. Le mépris public accom-

I pagne sans doute les richesses mal acquises ; mais des richesses bien ac-quises sont une source de considération aussi bien que de jouissances.Les hommes aiment ceux qui peuvent leur être utiles ; ils les flattent, les» recherchent ; or, si les individus peuvent se rendre utiles par leur capa-! cité, ils peuvent l’être aussi par leurs richesses ; le désir d’être riche peutÉ donc être associé à des sentiments honorables '.

’ Cette considération n’a pas échappé à un auteur anglais, non moins recom-mandable comme moraliste que comme économiste : « La misère, dit-il, a ce« triste effet qu’elle s’attire une aversion du même genre que celle qui est excitée« par la mauvaise conduite, et rend, trop souvent, le pauvre insensible à une

4

i.