CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
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rité à la place qu’elle doit occuper? Dans un traité de physique, ne doit-onpas trouver sur la chaleur, par exemple, des vérités et des faits qui sontconnus de nos cuisinières ? On sait beaucoup de vérités dès l’enfance, sansavoir cherché ni d’où elles viennent, ni les conséquences qu’on en peutdéduire. N’y a-t-il pas quelque avantage pour le lecteur à pouvoir lesclasser, et même, quand il a d’avance une opinion exacte, ne lui convient-ilpas de pouvoir dire pourquoi il a cette opinion? D’Alembert l’avait aussiremarqué de son côté : « Le vrai qui semble se montrer de toutes parts« aux hommes, dit-il, ne les frappe guère, à moins qu’ils n’en soient aver-« tis '. » D’ailleurs la vérité qui court les rues dans un endroit, est ignoréeun peu plus loin.
Je suis en état de prouver que les plus grandes erreurs qui aient étéprofessées en économie politique, depuis les premières années du dix-septième siècle, époque où l’on a commencé à s’en occuper, jusqu’à nosjours, viennent toutes de l’ignorance où leurs auteurs ont été de l’un ou del’autre des principes les plus élémentaires de la science. J’espère donc qu’onne me reprochera pas d’y avoir donné quelque attention ; j’ose promettreà ceux pour qui ces notions élémentaires seront devenues familières, qu’ilsne rencontreront plus aucune difficulté grave dans cette élude, et qu’ilsarriveront, sans s’en apercevoir, aux plus hautes démonstrations. Lesquestions ne deviennent épineuses que pour les esprits qui n’ont pas bienconçu les principes fondamentaux, ou qui, les ayant compris, et ayant en-suite oublié les démonstrations par lesquelles ils avaient été convaincus,ont repris lé cours de leurs anciennes opinions.
Souvent les principes ne sont pas bien saisis, parce que le lecteur ne veutpas attacher aux expressions le sens que l’auteur y attache. L’embarrasdes auteurs à cet égard est extrême. Si, pour être compris, ils emploientdes termes connus, ou ces mots sont insuffisants pour exprimer des idéesnouvelles, ou ils apportent au lecteur des notions fausses 2 ; s’ils veulentcréer des termes analogues aux nouveaux progrès de leurs idées, on lesaccuse de néologisme. Ils avancent entre la crainte d’être mal compris
' Discours préliminaire de l’Encyclopédie.
* Par exemple, après qu’il a été prouvé qu’un capital se compose de beaucoupd’autres choses que d’une somme d’argent, ceux qui se bornent à y voir une sommed'argent ne peuvent entendre en quoi consiste l’augmentation des capitaux, quipeut avoir lieu dans un pays en même temps que l’argent y devient plus rare.Voyez la première partie de cet ouvrage, c-hap. 10, Tl, 12 et 13.