: DE NOS BESOINS ET DE NOS BIENS. 65
. l’élal de société : l’homme isolé ne saurait conclure aucune espèce demarché.
J’ajouterai qu’elles peuvent seules devenir l’objet d’une étude scienti-fique, car elles seules sont appréciables rigoureusement; seules elles sui-vent, dans leur formation, leur distribution dans la société, et leur con-sommation , des règles invariables, où les mêmes causes sont toujourssuivies des mêmes effets.
La possession exclusive qui, au milieu d’une nombreuse réunion d’hom-mes, distingue nettement la propriété d’une personne de la propriété d’uneautre personne, fait que, dans l’usage commun, cette sorte de biens est laseule à laquelle on donne le nom de richesse. On ne fait point entrer dansl’inventaire d’un homme les biens naturels dont il a la jouissance en com-mun avec l’humanité tout entière ; mais on y fait entrer cette portion desrichesses sociales qui lui appartient personnellement, qu’il a acquise par: ses propres soins, ou qu’il tient à litre de don ou d’héritage. C’est là quel viennent se ranger, non-seulement les choses capables de satisfaire direc-| tement les besoins de l’homme tel que l’ont fait la nature et la société, mais■ les choses qui ne peuvent les satisfaire qu’indirectement, en fournissantdes moyens de se procurer ce qui sert immédiatement, comme l’argent,les litres de créances, les contrats de rente, etc.
Les terres cultivables sembleraient devoir être comprises parmi les ri-chesses naturelles, puisqu’elles ne sont pas de création humaine, et quela nature les donne gratuitement à l'homme; mais comme cette richessenaturelle n’est pas fugitive, ainsi que l’air de l’atmosphère, ou l’eau de lamer ; comme un champ est un espace fixe et circonscrit, que certainshommes ont pu s’approprier à l’exclusion de tous les autres qui ont donné; leur consentement à cette appropriation, la terre, qui était un bien naturelj et gratuit, est devenue une richesse sociale dont l’usage a dû se payer.
Il semble, au premier abord, que ce soit une injustice qui ôte arbitrai-rement aux hommes qu’elle exclut, des avantages qu’elle accorde à ceuxqu’elle favorise. Vous verrez plus tard qu’il n’en est pas tout-à-fait ainsi,et que, si l’appropriation des terres donne quelques avantages à celui‘ qu’on reconnaît pour maître du terrain, elle n’ôte rien au non-propriétaire,
| qui ne tirerait aucun parti du sol, si le sol n’était pas devenu la propriétéf d’un autre. Vous verrez qu’une terre qui est devenue une propriété four-nit, à ceux même à qui elle n’est pas donnée, plus de moyens de subsister,i et des moyens plus assurés, que si le même terrain était demeuré vagueet sans propriétaire.
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