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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE.

CHAPITRE 1”.

C4

désaltère, et une foule d’autres choses dont l’usage nous est devenu telle-ment familier, que nous en jouissons souvent sans y penser. On peut lesnommer des richesses naturelles. Elles appartiennent à tout le monde :aux pauvres comme aux riches, et ne sont appelées des richesses que dansun sens général et philosophique.

C’est dans la même catégorie qu’il convient de placer les biens person-nels que nous ne devons qu’à la munificence de la nature ou à des acci-dents heureux, tels qu’une bonne santé, un heureux caractère, l’amour denos proches, et plusieurs avantages moraux qui, sans être absolument gra-tuits, n’ont aucune valeur rigoureusement assignable, tels que la considé-ration publique, la confiance qu’on inspire.

Les autres biens sont le fruit d’un concours de moyens qui ne sont pasgratuits. Nous sommes forcés d’acheter, pour ainsi dire, ces derniers bienspar des travaux, des économies, des privations; en un mot, par de véri-tables sacrifices. De ce nombre sont les aliments qu’on ne peut se procu-rer sans culture, les vêtements qu’on ne peut avoir sans que quelqu’un lesait préparés, les maisons qui n’existent qu’après qu’on les a construites.Pour jouir de ces biens, il faut les avoir créés, ou bien les avoir acquispar un échange où nous donnons aux hommes qui les ont créés d’autresbiens du même genre.

On ne peut pas séparer de ces biens l’idée de la propriété. Ils n’existe-raient pas si la possession exclusive n’en était assurée à celui qui les a ac-quis de l’une ou de l’autre de ces manières ; c’est-à-dire, par la création oupar l’échange. Quel motif aurait-il pour faire le sacrifice sans lequel on nesaurait les obtenir, s’il ne pouvait ensuite en disposer selon sa volonté?

D’un autre côté, la propriété suppose une société quelconque ', des con-ventions, des lois. On peut en conséquence nommer les richesses ainsi ac-quises, des richesses sociales.

Elles ne se rencontrent en effet qu’avec l’état social. Elles sont fondéessur le droit de posséder, qui est un droit reconnu et garanti par la société,par la communauté. Elles ne peuvent être évaluées que par l'échange aumoyen duquel leur valeur est constatée; or, l’échange suppose encore

’ Les hommes, unis par des intérêts communs et par des conventions expressesou présumées, forment des sociétés. On appelle ces sociétés des nations , lors-qu’on a en vue certaines réunions en particulier, occupant un territoire déter-miné, parlant communément le même langage etreconnaissant un gouvernementcentral qui leur est commun.