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Tome I.
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PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE III.

C’est l’utilité des choses ainsi conçue qui est le premier fondement dela valeur qu’elles ont; mais il ne s’ènsuit pas que leur valeur s’élève auniveau de leur utilité : elle ne s’élève qu’au niveau de l’utilité qui leur aété communiquée par l’homme. Le surplus de cette utilité est une ri-chesse naturelle qui ne se fait pas payer. On consentirait peut-être à sa-crifier vingt sous pour une livre de sel, s’il fallait la payer en proportiondu service qu’elle peut rendre ; mais on n’est heureusement obligé de lapayer qu’en proportion de la peine qu’elle coûte. Tellement que, s’il vousplaît d’évaluer la jouissance que vous procure cette denrée à vingt sousla livre, et qu’elle ne vous coûte qu’un sou, il y a dans une livre de selpour 19 sous de richesse naturelle qui vous est donnée gratuitement parl’auteur de la nature, et pour un sou seulement de richesse sociale, c’est-à-dire, de valeur non gratuite donnée par l’homme qui a recueilli le sel etqu’il vous fait payer.

Le possesseur d’une chose peut, dans certains cas et par des moyensforcés, en élever la valeur fort au-dessus de sa valeur naturelle. Celui quia apporté dans ma ville ou dans mon village une provision de sel, peutme ravir tout autre moyen de m’en pourvoir, et il me vendra alors sa mar-chandise le prix qu’il voudra '. Cela n’indique pas que la valeur du sel aitréellement haussé ; cela indique seulement que cet homme abuse de masituation, et me fait payer le sel au delà de sa valeur. C’est une spoliation.Quand un voleur m’oblige sur la grande route à lui céder un bon chevalcontre un mauvais, il n’en résulte pas que ce dernier cheval vaille autantque l’autre, il en résulte seulement qu’on me prend de force une partiede mon bien.

On ne peut pas dire que les richesses que la nature nous donne gratui-tement suffisent à la satisfaction de nos besoins indispensables, et que lesbien artificiels et sociaux n’ont pour objet que la satisfaction de besoinsfactices nés de la civilisation. La nature seule pourvoit à certains be-soins indispensables, comme lorsqu’elle prépare, en mélangeant d’autresfluides, l’air respirable dont nos poumons ne sauraient se passer, et avecune telle profusion, que le globe de la terre serait entièrement couvert

savoir de quelle manière ou produit. Plus tard on verra ce qu’il convient auxhommes de consommer.

1 Cette supposition représente ce qui se passait sous l’ancien régime en F rance,où il était défendu à un pauvre paysan habitant le bord de la mer d’y puiser unecuillerée d’eau pour saler son pot.