PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE VI.
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l’œuvre en se servant des mains d’antrui ; mais il ne saurait se passer dejugement ; car alors il pourrait faire à grands frais ce qui n’aurait aucunevaleur. Telle est l’erreur qui ruine le plus sûrement les particuliers et nuità la prospérité du pays.
Aussi, tout ce qui tend chez un peuple à rectilier le jugement, à donnergénéralement de justes idées de chaque chose, est favorable à la produc-duction des richesses. Tout ce qui tend au contraire à fausser les idées, àdépraver le jugement, à faire croire que tels ou tels effets tiennent à decertaines causes qui ne sont pas les véritables, est nuisible à la produc-tion, et par conséquent à l’aisance et au bien-être des nations.
Cela nous indique ce que nous devons entendre par les bienfaits de l'ins-truction. L’instruction d’un peuple ne saurait être celle d’une académie.En tout pays, la plupart des hommes sont destinés à ignorer beaucoup dechoses; et cela n’est pas un mal ; car si l’on voulait loger dans sa mémoireseulement tout ce qui mérite d’être appris, il faudrait y consacrer sonexistence tout entière, et il ne nous resterait ni temps ni faculté pour lavie active, qui est nécessaire si nous voulons arriver à la satisfaction denos besoins. Ce que l’un ignore, l’autre le sait. On peut suppléer aux con-naissances qu’on n’a pas. Mais l’instruction que rien ne saurait remplacer,celle que nous devons rechercher, celle à laquelle tout le monde peut pré-tendre, c’est de n’avoir que des idées justes des choses dont on est appeléà s’occuper. Les fausses idées sont un mal positif, parce qu’elles con-duisent à des mesures fausses. Souvent dans les campagnes on amène lesbestiaux malades pour entendre la messe devant la porte des églises. Onne peut ainsi qu’augmenter le mal. On ferait mieux d’étudier les principesde l’art vétérinaire. On consulte un almanach de sorcier pour savoir si l’ondoit se faire saigner; on ferait mieux de suivre un régime plus sobre et de sefaire des règles d’hygiène d’après des observations judicieusement faites^
J’ai fait une fois construire, par entreprise, un four à cuire le pain. Apeine le four fut-il déblayé, qu’il s’écroula. L’ouvrier qui s’en était chargés’imagina que l’oubli de certaines pratiques superstitieuses était la causede cet accident. Il recommença son ouvrage sans oublier les cérémonies.Aussitôt le four déblayé, il tomba de nouveau, et le maçon fut en perte.
Il eut mieux valu pour lui qu’il s’attachât à corriger les vices de la cons-truction de sa bâtisse.
J’ai déjà, dans mon Traité d’économie politique, remarqué que les con-naissances scientifiques circulent d’un pays dans un autre plus aisémentque les qualités qui font les bons entrepreneurs. Les qualités de ceux-ci