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Tome I.
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PREMIERE PARTIE. — CHAPITRE XIII.

pays (c’est-à-dire cent mille francs en usine et cent mille francs en denréesdes îles), il n’en restera plus qu’un , l’usine, désormais devenue la pro-priété du ci-devant négociant. La valeur de l’usine a , comme vous voyez,été consommée et détruite, quoique l’usine, ou, si vous voulez, le fondsde terre, fût une substance matérielle non susceptible de consommation.

Tous les capitaux dissipés ne le sont pas par l’amour du faste et desplaisirs sensuels. Beaucoup se perdent par l’impéritie des entrepreneursd’industrie. Une valeur que l’on s’imagine consommer reproductivement,et que l’opération productive ne rétablit pas, ou ne rétablit qu’en partie,est une valeur capitale qui se perd, aussi bien que celle qui est dissipéepar un homme du inonde. Ceux qui se livrent à une entreprise avec im-prudence , qui en évaluent mal les frais et les produits, sont des dissipa-teurs à leur manière.

Adam Smith, dans ses Recherches sur la Richesse des nations ', examineles motifs qui portent en général les hommes à l’épargne. Les tentationsqui nous sollicitent en faveur des jouissances présentes n’agissent qu’oc-casionnellement, se succèdent, mais ne durent pas toujours; tandis quel’envie de rendre notre condition meilleure est, pour la presque totalitédes hommes, un sentiment de tous les instants. Or, quel moyen plus effi-cace d’améliorer sa condition que d’augmenter son bien? Suivant Smith ,ce sentiment tenace et permanent est plus que suffisant pour balancer toutà la fois, et l’amour des jouissances présentes, quelque vif qu’il soit en cer-taines occasions, et les pertes qui résultent soit des folles entreprises desparticuliers, soit des dispendieux abus de l'administration publique.

Smith a sans doute raison, à en juger du moins par les progrès incontes-tables que la plupart des nations du monde ont faits en richesses. A lachute de l’empire romain, le brigandage universel et prolongé que l’onvit succéder à la civilisation, détruisit à la vérité une immense partie desaccumulations qui avaient été faites. Dans cette longue nuit qui suivitl’invasion de l’ignorance et de la superstition, presque toute industrie futanéantie, hors celle qui sollicita (et encore fort imparfaitement) les pro-duits de la terre. Du reste, il resta à peine quelques-uns des arts les plusgrossiers. Des hommes abrutis par l’esclavage, sans connaissances, sansémulation, ne pouvant compter sur leur tranquillité ni sur la protectiondes lois, étaient peu excités à l’épargne ; ou du moins l’égargne n’était pas

1 Livve 11, cliap. 3.