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DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE III.
Mais de pareils dons ne se font plus, et les affranchissements se mul.i-plienl. Dans ce cas, les ci-devant esclaves qui restent sur la terre en de-viennent les fermiers Quant aux autres redevances, aux censives, auxdroits féodaux de toute nature, il y en a des restes en Pologne, en Hoi-grie , dans plusieurs états germaniques, et nous en avons eu en Francejusqu’à la révolution.
Toutes ces différentes manières de faire valoir les terres sont incompa-tibles, non-seulement avec l’égalité des droits et le système représentatif,qui finira par être adopté chez toutes les nations civilisées, mais elles sontde plus incompatibles avec une industrie agricole perfectionnée. Celle-civeut une garantie efficace de la propriété, et de grosses valeurs capitalesaccumulées sur les biens-fonds; c’est-à-dire, des bâtiments d’exploitation,des chemins, des clôtures, des irrigations, et surtout de bons approvision-nements en tout genre et de nombreux bestiaux. Or, de nombreuses bo-nifications et un mobilier considérable sont impossibles avec l’esclavage,et avec les institutions qui en dérivent. Voilà pourquoi l’Europe était sipeu peuplée et si peu puissante dans les temps féodaux. Il fallut une levéeen masse de toute la chrétienté pour s’emparer de la terre sainte, dont laconquête aurait été achevée, de nos jours, par un simple démembrementde l’armée française en Égypte, si une autre puissance européenne n’étaitvenue, avec sa flotte et ses munitions, au secours des Musulmans. Rien nepeut plus résister aujourd’hui aux forces d’un État européen, si ce n’estun autre État d’origine européenne. Charles-Quint, le plus puissant po-tentat du monde, dans un temps qui n’est pas encore très éloigné de nous,Charles-Quint, qui trouva le moyen de faire tant de mal avec si peu de
1 On lit, dans l’ouvrage de M. Storch, que le comte de Bernstorff avait desterres qui, cultivées par des esclaves, lui rendaient 3 et T grains pour un ; que,lorsqu’il eut affranchi ses esclaves, les mêmes terres lui rendirent 8 et 9 grains,et qu’il les loua en proportion. 1
M. Coxe, dans son Voyage en Pologne, rapporte que les tèrres du comte Za-moisky, dans lesquelles il avait affranchi ses paysans, s’étaient améliorées aupoint de lui rapporter, 17 ans après, un revenu triple de celui qu’elles rendaientlorsque les laboureurs étaient esclaves. Sans doute, il ne faut pas attribuer cetexcès de production entièrement à la supériorité du travail de l’homme libresur l’esclave, mais aussi aux accumulations faites sur le sol; la production d’uncapital s’était ajoutée aux augmentations survenues dans la production de l’in-dustrie et dans celle du sol. Mais, sous le régime de l’esclavage, ces accumula-tions sont difficiles.