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Tome I.
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DU SERVAGE DE LA GLÈBE.

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comme vous savez, à la persévérance de Voltaire et à la fermeté d’un mi-nistre citoyen, Turgot, que ces pauvres paysans durent leur entier affran-chissement.

Ce mode de culture n’était pas très productif; car, pour beaucoup pro-duire, il faut qu’un fonds de terre soit accru de beaucoup de valeurs capi-tales répandues sur le fonds; or, les seigneurs étaient de trop mauvaisadministrateurs et de trop mauvais économes pour faire beaucoup d’accu-mulations sur les terres qu’ils s’étaienlréservées. Les esclaves, retenus dansla misère par un aussi mauvais régime, en pouvaient faire encore moinssur leur portion. Le seigneur se réservait, en outre, les meilleurs jours detravail dans l’année; il obligeait le serf à venir faire sa récolte, tandis quecelle du serf périssait sur pied, et que celui-ci n’avait plus, pour la recueil-lir, que des forces épuisées. D’ailleurs, les ravages, effets inévitable^ deshostilités perpétuelles des seigneurs entre eux, l’oppression nécessaire-ment exercée par des hommes armés, amis ou ennemis, ne laissaientsubsister presque aucune amélioration, quand il pouvait s’en faire.

Cependant la servitude de la glèbe fut un progrès sur l’esclavage simple,et il devait en entraîner d’autres. Beaucoup de seigneurs étaient appelésà s’absenter, soit pour guerroyer entre eux, soit pour visiter d’autres do-maines, soit pour faire le voyage de la terre sainte, soit pour habiter pen-dant une partie de l’année les villes, et jouir des arts qui commençaient àse former. Leurs terres dépérissaient entre les mains de leurs serfs et desintendants envoyés pour les surveiller. Ils en abandonnèrent des portionsà perpétuité, en se réservant une rente perpétuelle, en denrées ou en ar-gent, et en exigeant des possesseurs certains devoirs. Ceux qui recevaientces terres sous la condition prescrite, devenaient propriétaires et libressous le nom de tenanciers ou de vassaux. D’autres fois, quand les seigneursétaient pressés par le besoin d’argent, les serfs achetaient tout d’un coupleur terre et leur liberté entière.

Enfin la servitude a été, dans certains cas, échangée contre une capita-tion, une redevance par tête; et c’est la condition à laquelle est soumiseactuellement la majeure partie des paysans de Russie. Ils paient à leurseigneur une capitation, sous le nom d ’obroc-, et, au moyen de cette ca-pitation, ils jouissent des produits de la terre. C’est pour cela que vousavez vu souvent la fortune des seigneurs russes évaluée d’après le nombrede leurs paysans; en achetant les paysans, on achète la terre sur laquelleils vivent, et la capitation qu’ils sont tenus de payer. L’impératrice Cathe-rine faisait don à ses favoris d’un nombre de paysans plus ou moins grand.