Band 
Tome I.
Seite
244
JPEG-Download
 

m

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.

grains, des bestiaux, des bois, des légumes, des fruits, du vin, des oi-seaux de basse-cour, du beurre et tant d’autres choses! Il s’agit de re-cueillir, de préparer, de vendre tous ces objets si divers. Rien ne peut sefaire d’une manière constante, suivant un ordre établi ; il faut que le chefse mêle de tout, surveille tout, décide de tout par lui-même.

C’est pourquoi l’on ne voit guère de ferme où Ton exploite plus de 400 à500 arpents. Mais ce qui estime très grande entreprise agricole, serait unefort médiocre entreprise manufacturière ou commerciale. Il faut 50 millefrancs, plus ou moins, de capital circulant, pour être fermier de la plusgrosse ferme qu’un homme puisse conduire. C’est sur celte somme queroule la masse d’affaires qu’il peut remuer, ce qu’il peut fabriquer et vendre;et encore ce capitaine saurait, comme dans beaucoup d’entreprises decommerce, être avancé et rentrer plusieurs fois par an. Il faut tout aumoins une année pour achever la plupart des produits de l’agriculture.L’action du capital ne saurait se multiplier par l’activité de la fabrication.C’est une borne mise parla nature des choses aux entreprises qui ont l’agri-culture pour objet. Nous verrons que celte borne n’existe pas pour cer-taines entreprises qui ont des analogies avec l’industrie agricole, mais nonavec la culture des terres, comme l’exploitation dés mines et des pêcheries.

En Irlande, il y a beaucoup de gros propriétaires qui se trouvent enpossession de leurs terres par suite des chances de la politique, et en vertudes confiscations qui accompagnèrent l'accession du prince d’Orange. Celteclasse de propriétaires habiterait désagréablement des provinces où ils son tregardés comme des spoliateurs. Sans s’intéresser au bonheur de ces pro-vinces, il ne cherchent qu’à en tirer le plus de revenus qu’ils peuvent, età le manger en Angleterrre. II en est résulté un système de culture à lafois déplorable, et cependant favorable à la population ; système qui ré-sout le problème de faire vivre les hommes en consommant le moins qu’ilest possible.

Un grand propriétaire loue son bien, non pas à un fermier, mais à unagent qui lui répond de son revenu. Cet agent partage le bien en plusieursgrandes portions louées à des agents secondaires qui partagent leurs por-tions entre plusieurs autres agents que Ton pourrait appeler tertiaires ;ceux-ci sous-louent à leur tour de petits lots de terrain à de pauvres fa-milles qui élèvent une espèce de hutte en terre et cultivent des pommesde terre. C’est la culture qui, à la latitude de l’Irlande, procure le plus dematière alimentaire à égalité de terrain. Ces familles indigentes élèventainsi quelques enfants, qui, à mesure qu’ils grandissent, cherchent à leur