DES ARTS MANIJFACTEKIERS.
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tières premières sont déjà des produits ; c’est-à-dire que le manufacturierles prend des mains d’une industrie dont l’action a précédé la sienne. Quel-quefois, à la vérité, il travaille des matériaux que la nature lui olfre gra-tuitement, comme l’argile qu’elle livre au potier, le sable au fabricant deverre. Mais ces cas sont rares; et, pour l’ordinaire, une industrie préa-lable prépare au manufacturier, ou du moins lui apporte, les produits quifont ses matières premières. Tous les métaux que travaillent les arts soqtles produits de l’industrie du mineur; le ferblano, dont on fait tant dp pro-duits, est lui-même un produit, non-seulement de l’industrie du mineur,mais de celle du lamineur, qui est un manufacturier, et de rétameur, quipst manufacturier aussi. Le peintre, le teinturier, pour leurs produits,emploient de la céruse, qui est le produit d’une manufacture; de la co-chenille et d’autres substances colorantes, qui sont des produits de l’in-dustrie agricole du pays qui les a vues naître, et de l’industrie commer-ciale du négociant qui les fait venir.
Je vous ai déjà fait remarquer que toutes les manières imaginables d’ac-croître la valeur d’un produit, par un changement quelconque de formequ’on lui fait subir, rentrent dans l’industrie manufacturière. C’est une vé-rité qu’on sent pour peu qu’on y réfléchisse, mais à laquelle on pense ra-rement. Il convient cependant de ne pas la perdre de vue quand on veutembrasser tous les moyens dont s’accroissent les richesses. On ne rangepas communément, parmi les travaux manufacturiers, ceux du vannier,du maréchal-ferrant, quoiqu’ils soient lout-à-fait analogues à ceux quis’exécutent dans les vastes ateliers d’une filature. Et, si vous pouviezévaluer les valeurs produites par tous ces artisans, vous verriez qu’ellesexcèdent de beaucoup les valeurs produites par les grands établisse-ments, même dans les pays où ces établissements sont les plus nombreuxet les plus riches. Les produits des beaux-arts, quelque distingués quesoient les talents qui les ont enfantés, sont aussi du même genre. Certes,il y a loin de la toile et des couleurs qui ont servi à faire un tableau deDavid, au tableau après qu’il a été terminé ; néanmoins, et quelque grandeque soit la disproportion de ces deux valeurs, ne trouvons-nous pas dansce cas-ci, comme dans les autres arts manufacturiers, des matières pre-mières prises dans un certain état et mises, par un art humain, dans unautre état où elles valent beaucoup plus ? N’y voyons-nous pas les fruitsde ce travail intelligent que nous avons nommé industrie, et l’emploi d’uncapital qui se compose de toutes les avances que l'exécution d’un grandtableau rend nécessaires?