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DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE VIII.
4e ne crois pas ravaler les fruits du génie, quand je vous montre sousquel rapport ils font partie des richesses de la société. Le génie des grandspoètes, supérieur à celui des grands peintres, n’est-il pas, pour ainsidire, la matière première de cet immense commerce de librairie que fontles nations ingénieuses en même temps qu’industrieuses? Devons-nousmettre moins d’orgueil à avoir vu naître parmi nous les Montaigne, lesPascal, les La Rochefoucauld, les Racine, les Voltaire, parce que les co-pies de leurs écrits se reproduisent sous toutes les formes et nous serventde modèles tous les jours? Une fausse délicatesse pourrait seule s’en for-maliser, et l’homme qui se sent véritablement du génie, s’agrandit à sespropres yeux quand on lui montre sous combien de rapports il s’estrendu utile à son siècle et à la postérité.
II serait fastidieux et superflu que je vous donnasse ici le nom de tousles arts manufacturiers; ce ne serait autre chose que la liste des profes-sions qui s’en occupent, et cette liste serait toujours nécessairement in-complète; car, au moment même où je parle, le génie des arts, dans unendroit où dans un autre, crée peut-être un , deux , trois, dix arts nonveaux : la lithographie, l’éclairage par le gaz, la construction des appareilsà chauffer par la vapeur, la construction des presses hydrauliques et debeaucoup de machines nouvelles, occupent des centaines d’ouvriers ; et iln’y a pas longtemps que personne n’avait la moindre idée de tous ces arts-là.
Quelques autres, mais en plus petit nombre, s’éteignent, non parcequ’on les oublie, ce qui ne pourrait être l’effet que d’une barbarie pro-longée , mais plutôt parce que l’on cesse de mettre du prix à leurs pro-duits. On ne fait plus ni de ces brocarts de Lyon, ni de ces vernis deMartin, si vantés dans le siècle dernier. L’art des fabricants de scapu-laires, de chapelets et de crucifix est tombé dans la moitié de l’Europe,quand ces contrées se sont déclarées protestantes, et la morale n’y a rienperdu.
Je ne vous ferai donc point de nomenclature, mais je vous mettrai enétat de classer au besoin tous les arts manufacturiers nés et à naître, d’ap-précier leur importance comme moyens de production, et déjuger des con-ditions nécessaires pour les pratiquer avec succès.
Les matières premières sont modifiées par les arts manufacturiers, soitdans leurs formes et dans leurs apparences extérieures, comme le colonlorsqu’on le file et qu’on le tisse ; soit dans leurs molécules intimes, comme,lorsqu’on sépare, par la distillation, les parties spirilueuses des liqueursfermenlées. Pour opérer la première de ces transformations, on emploie.