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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XV.
Toutes ces circonstances contribuent à nous faire illusion sur l’importancedu commerce extérieur.
Le commerce avec l’étranger, dira-on, a l’heureux effet de provoquerune production intérieure qui n’aurait pas lieu sans lui. — Cela est encorevrai ; mais n’estimons pas cet avantage au-delà de sa véritable valeur.
Les états officiels n’ont jamais porté la somme de nos exportations au-delà de 400 millions, et les bureaux de l’administration, comme on sait,sont intéressés, ou se croient intéressés, à les exagérer. Néanmoins, quecette somme est petite comparée avec la somme totale de nos productions!Celle-ci est fort difficile à évaluer ; cependant, pour en avoir une idée ap-proximative, voyons quelles peuvent être nos consommations annuelles;car il faut bien que les valeurs consommées aient été produites. Or, on nesaurait croire que la consommation de chaque individu, le fort portant lefaible, puisse être, en France, moindre que 250 francs par an. Il s’en trouvesans doute, parmi les classes très indigentes et dans l’enfance, qui ne con-somment pas des produits pour 250 francs; mais aussi combien ne s’entrouve-t-il pas, même dans la classe qui vit de son travail, qui consommentdavantage ! Les prisonniers et les indigents entretenus dans nos hospicescoûtent 300 francs. Pour ce qui est des classes aisées et riches, il ne s’ytrouve pas un seul individu qui ne consomme beaucoup au-delà.
En admettant que, tout compensé, chaque individu en France consommeune valeur de 250 francs, trente millions d’individus consommeront unevaleur de 7 milliards 500 millions de francs ; il y aura par conséquent unesomme pareille produite, tout au moins. C’est presque vingt fois la sommede nos exportations ; et je ne serais pas surpris que des calculs mieux faitsque les miens ne portassent la somme des produits créés pour l’intérieurà quarante fois la somme de ceux que nous créons pour la consommationétrangère.
En Angleterre, où les exportations sont bien plus considérables qu’enFrance, le ministre des finances Pitl n’évaluait cependant, dans le parle-ment, le commerce extérieur de la Grande-Bretagne qu’à la 32 e partie deson industrie totale '.
' Des écrivains qui n’ont peut-être pas étudié avec assez de soin les principesfondamentaux de l’économie politique, ont prétendu qu’une exportation de dixmillions de draperies a pu donner lieu à un commerce intérieur de cinquantemillions, en y comprenant tous les échanges effectués depuis la vente de la laine