DES MOYENS DE TRANSPORT.
333
C’est pour une raison analogue qu’il convient de réduire les précautionsque l’on prend contre l’invasion d’une maladie pestilentielle, à ce que leshommes éclairés jügent rigoureusement indispensable. Le luxe des pré-cautions n’appauvritpas moins que le luxe d’ostentation. Les quarantainesnous font plus de tort que la peste.
De. tous les moyens de communication, le plus puissant sans doute estla navigation maritime ; c’est peut-être aussi celui où le génie de l’hommeet son audace se montrent de la manière la plus frappante. Sans la merqui couvre les deux tiers du globe, et qui lie les continents qu’elle séparaitjadis, les frais de production des marchandises originairement produitespar des lieux si distants excéderaient bientôt l’utilité dont ils peuvent êtrepour nous ; ils ne pourraient plus devenir des produits aptes à notre con-sommation tout commerce enlreles différents pays de la terre deviendraitimpossible ; les commerçants perdraient les profits que leur industrie etleurs capitaux y trouvent maintenant ; les peuples y perdraient des moyensd’échange et de consommation qui font une partie de leur prospérité.
La navigation maritime a fait bien des progrès depuis un demi-siècle,de même que les sciences. La construction des navires marchands abeaucoup gagné, et onles manœuvre plus habilement. Pendant des guerreslongues et acharnées, les commerçants, victimes de tous les partis, et nepouvant jamais être efficacement protégés par leurs gouvernements, n’ontsouvent trouvé de salut que dans la célérité de leur marche ; et, sous cerapport-là seulement, leurs malheurs leur ont servi à quelque chose. Au-trefois ou carguait les voiles pendant la nuit ; maintenant on fait cheminla nuit comme le jour ; et un voyage aux grandes Indes, qui exigeait deuxannées pour l’allée et le retour, se termine maintenant en moins d’un an.Un nouveau véhicule, la vapeur, est à la veille d’introduire de nouveauxperfectionnements dans la navigation de longs cours, comme elle en adéjà établi dans les communications de proche en proche.
' Le blé lui-même, tout indispensable qu’il est à nos populations, ne peut leurservir quand les frais de transport excèdent un certain degré. Les blés de nosprovinces de l’ouest en France, nourrissent les Antilles, et ne peuvent apaiserune famine qui se fait sentir dans les départements de l’est. Le transport qua-druple le prix du blé ; ce qui en interdit l’usage. Avec de bonnes roules et des na-vigations rapides, la France n’éprouverait que bien rarement des disettes.