QUATRIEME PARTIE.
INFLUENCE DES INSTITUTIONS SUR L’ÉCONOMIEDES SOCIÉTÉS.
CHAPITRE U r .
Influence de la vie sociale sur la production des richesses, et de la production
sur la société.
Buffon, dans ses Époques de la Nature, a dit, en parlant des premiersâges du monde : « L’homme de ce temps, encore à demi-sauvage, dis-« perse, peu nombreux, ne sentait pas sa puissance, ne connaissait pas« sa vraie richesse. Le trésor de ses lumières était enfoui : il ignorait la« force des volontés unies, et ne se doutait pas que, par la société et par« des travaux suivis et concertés, il viendrait à bout d’imprimer ses idées« sur la face de l’univers. » Ce que Buffon n’a fait qu’entrevoir s’est trouvécomplètement expliqué du moment qu’on a mieux compris l’économie so-ciale ; l’état de société, en développant nos facultés, en multipliant les rap-ports de chacun de nous avec les autres hommes, a multiplié tout à la foisnos besoins et les moyens que nous avons de les satisfaire. |Nous avons <pu produire et consommer d’autant plus que nous étions plus civilisés; jet nous nous sommes trouvés d’autant plus civilisés que nous sommes par- \venus à produire et à consommer davantage.
C’est le trait le plus saillant de la civilisation. Qu’avons-nous en effetpar dessus les Kalmoucks, si ce n’est que nous produisons et consom-mons plus qu’eux? Si la civilisation est plus avancée à Paris que dans labasse Bretagne, en Angleterre qu’en Irlande, c’est parce qu’on y sait pro-duire et consommer des produits plus nombreux et plus variés, pro-portionnellement au nombre des hommes ; c’est parce qu’on y sent le be-soin d’un logement plus élégant et plus commode, d’un vêtement plusrecherché, d’une nourriture plus délicate; c’est parce qu’on y goûte lalecture et l’instruction ; que l’on sait y jouir des productions des beaux-arts ; qu’on y éprouve en un mot le besoin d’une immense quantité d’ob-jets dont la production occupe journellement une multitude de bras, de