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Tome I.
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DES ARGUMENTS EN FAVEUR DES CORPORATIONS 555

que l’intérêt général s’est trouvé sacrifié à l’intérêt privé, les ennemis deslibertés publiques, pour faire des corporations et des maîtrises un instru-ment du pouvoir, les ont représentées comme des moyens d’ordre et depolice. En effet, le gouvernement commande aux syndics des corporations,les syndics aux maîtres, les maîtres aux ouvriers, et cette hiérarchie plaîtaux esprits communs, hors d’état, pour l’ordinaire, de sentir que Tordrele plus beau est celui qui naît de l’équilibre des intérêts, parce que rienne tend à le troubler, et que si des dérangements surviennent, tout tendà reprendre sa place par la force même des choses, comme les blessuresdu corps humain qui ne demandent qu’à se cicatriser. Un ordre artificiel,au contraire, ne dure que par des moyens forcés, et ne se rétablit jamaissans des injustices et des violences.

Lorsque Ton forme en régiments les différentes professions lucratives,qu’on leur nomme des officiers auxquels on donne une force coaclive, etqui font observer par leurs confrères les commandements qu’ils reçoiventd’un ministre, on crée un ordre sans contredit ; mais cet ordre a-t-il pourfondement la justice et pour effet la prospérité de la nation ? Voilà la ques-tion.

Pans le militaire, un tel ordre est indispensable ; sans la discipline pointde succès. Là, c’est la pensée d’un seul et le concours de tous pour un butunique qui donne la victoire. Dans l’industrie, c’est tout le contraire; lespensées sont multiples et les succès doivent être divers. C’est le gain et lafortune de chacun qui font le gain et la fortune du public ; les moyens sontmultiples aussi et ne se présentent pas au son de la caisse ; ils varientselon l’espèce de la production, selon Tinlelligence, les capitaux, la posi-tion de chaque marchand, de chaque manufacturier, de chaque ouvrier.C’est des efforts auxquels chacun se livre dans sa sphère, selon les projetsdont il a conçu le plan, selon la manière dont il en poursuit l’exécution,que naît Tordre général. Au milieu d’une libre concurrence, mieux un in-dustrieux défend ses intérêts privés, et mieux il sert la fortune nationale.Toute interposition d’une autorité nuit au but, qui est de produire, parceque nulle autorité ne peut s’y connaître aussi bien que les particuliers.Tout commandement est fatal parce qu’il ne peut jamais suppléer à l’in-telligence des producteurs, et qu’il gêne leurs mouvements, qui sont leursprincipaux moyens de succès.

Le rôle utile du magistrat se borne à empêcher que les efforts de l’un nesoient une atteinte aux droits de l’autre. Or, c’est l’emploi des tribunauxde régler les droits respectifs, et ils sont toujours avertis par les plaintes