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QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
ture et les fonctions des monnaies, des capitaux; car sans cela il n’y aaucune réponse que vous soyez capable d’entendre.
Quant à ces pauvres gens qui pensent qu’il doit y avoir quelque chosede vrai dans une opinion, par la raison qu’elle est anciennement et uni-versellement reçue, ils ne connaissent ni les hommes ni l’histoire. Jusqu’àCopernic, on croyait généralement par tout le monde que la terre étaitimmobile au centre de l’univers, et que c’étaient les astres qui, toutes lesvingt-quatre heures, accomplissaient une révolution autour du globe. Jen’ai pas connaissance que, jusqu’à l’aimée 1500, un seul homme, igno-rant ou savant, se fût imaginé que c’est au contraire la terre qui tournesur elle-même, ce qui donne aux astres l’apparence de tourner autourd’elle. Telle est pourtant la vérité; et les preuves de cette vérité sont tel-lement incontestables, qu’il n’y a pas maintenant un seul écolier qui, dèsles premières leçons de physique qu’il reçoit, n’en demeure convaincu.Les décrets de l’inquisition ni ceux de la Sorbonne n’y ont rien fait.
Il en sera de même, messieurs, de tout ce que je viens de vous dire ;mais il fallait le dire. Ces vérités ne deviendront communes qu’après queles questions à résoudre auront été réduites à leurs termes les plus simples,et la peine qu’on prend pour cela peut-elle sembler superflue, lorsquetant de conversations de société, tant d’articles de journaux, quand il estquestion d’intérêts commerciaux, prennent encore pour base de leur rai-sonnement la doctrine de la balance du commerce?
Les corps savants eux-mêmes, qui devraient se tenir au courant desprogrès du siècle, partagent souvent assez longtemps les préjugés vul-gaires. Bernouilli, lorsqu’en 1731 il remporta le prix de l’Académie desSciences sur l’orbite des planètes, convint qu’il n’avait dû sa couronnequ’aux ménagements qu’il avait gardés pour les tourbillons 1 . De nos joursencore, on voit des assemblées, où sont réunis les hommes les plus émi-nents en divers genres de connaissances, écouter avec approbation des rai-sonnements sans solidité, soutenus par des armées de chiffres qui ne prou-veraient rien, lors même qu’on pourrait s’assurer de leur authenticité. Lespréjugés ne cèdent qu’au temps, mais ils lui cèdent infailliblement.
J’ai dû cependant, dans un livre où j’ai tâché d’exposer toutes les vé-rités reconnues jusqu’à présent de l’économie politique, attaquer des mé-prises accréditées. La vérité ne s’établit solidement que sur les ruines del’erreur. Il n’est pas inutile aux personnes même déjà convaincues de
' L. Siniond : Voyage en Suisse, tome I, p. 57a.