QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXII.
625
des contrées où les indigènes furent assujettis et réduits à une espèce deservitude, comme au Mexique et au Pérou; ou bien repoussés dans l’inté-rieur des terres, comme ils le furent par les colons de l’Amérique septen-trionale. Le territoire de la Pensylvanie fut acheté et payé aux sauvagespar J’illustre Penn; acquisition plus noble et plus glorieuse que celles qu’onne doit qu’à la conquête, mot honnête par lequel on exprime en généralune chose qui ne l’est pas. Son exemple est encore suivi par le gouver-nement des États-Unis qui n’attaque jamaisles nations indiennes pacifiques;qui leur achète leur territoire et le revend ensuite en détail aux personnesqui veulent s’y établir'. Quand les peuplades indiennes ne veulent pasvendre leur territoire, il ne larde pas à se trouver enclavé dans les terrescultivées ; leurs habitants dès lors, ne pouvant plus chasser au loin dansle vague des forêts, deviennent par force cultivateurs à l’imitation de leursvoisins, et finissent par adopter les lois de l’État qui les entoure, ou bienils déclinent tout-à-fait.
Cette prépondérance européenne n’a pas eu lieu partout. Les naviga-teurs d’Europe ont rencontré en Afrique et en Asie de vastes États an-ciennement peuplés et même civilisés, dont ils ne pouvaient se rendremaîtres, et où ils ont été réduits à former, avec l’agrément de leurs pos-sesseurs, des établissements pacifiques qu’ils nommèrent des comptoirs.Ils n’eurent d’abord que des comptoirs dans l’Inde ; et encore aujourd'huiils n’ont que des établissements pareils en Chine, au Japon, et dans lesÉtats musulmans des bords de la Méditerranée.
Lorsque le commerce d’une nation européenne est livré à une compa-gnie exclusive, comme celui des Anglais à la Chine, le comptoir est alorstenu par des agents de la compagnie, qui traitent avec les autorités dupays et sont les protecteurs et les régulateurs des négociants leurs com-patriotes, agents de la compagnie, ou trafiquant avec sa permission.
Lorsqu’une nation européenne n’a point de compagnie exclusive, et telest le cas pour les États-Unis (que nous pouvons considérer en ceci commeun État européen), le comptoir est tenu par un consul ou age'nt des rela-tions commerciales nommé et entretenu par son gouvernement, qui pro-tège auprès des autorités du pays ses compatriotes et juge leurs diffé-rents.
' Il est vrai que, soit par suite de l’adresse ou de la prépondérance naturelleà un État aussi puissant que la confédération américaine, on leur achète leurterritoire à bas prix.