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Tome I.
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02i QUATRIÈME PARTIE. - CHAPITRE XXII.

le cas où ils ne dépendraient en aucune façon l’un de l’autre, et où ils au-raient chacun un gouvernement de leur choix.

En général, les gouvernements ne sont pas les auteurs directs desavantages dont jouissent les peuples. Chaque contrée de la terre, chaqueprovince et jusqu’aux moindres hameaux, ont pour leurs habitants etpour les hommes qui les fréquentent des avantages et des désavantagesqu’ils tiennent de la nature des choses, de leur situation, du climat, dugénie de leurs habitants, de leurs capitaux, de ce qu’ils peuvent produire,en un mot. Ces avantages s’accroissent par les progrès des industriesagricole, manufacturière et commerçante, c’est-à-dire par une plus ha-bile production ; mais ils ne sauraient s’accroître par l’action du pouvoirqui les gouverne. Cette action est toute négative ; elle peut écarter desobstacles ; elle ne peut créer des bénéfices. Dès lors, si la colonie et lamère-patrie sont soumises au même pouvoir ; si elles sont des provincesd’un môme État, le gouvernement ne peut donner un avantage à Tune deces provinces sans ravir à l’autre un avantage équivalent, ou donner à uneclasse de leurs habitants des profits, à moins de les ravir, sous une autreforme, soit à la même classe, soit à une autre portion de la société.

Nous pouvons à la vérité, quand nous dominons dans une colonie, quandnous lui imposons des lois, la dépouiller à notre profit, c’est-à-dire y intro-duire des règlements, des monopoles contraires à ses intérêts et favorablesaux nôtres; mais nous pouvons agir de même, et par le droit du plus fort,sur une de nos provinces, sur une de nos villes, sans en être plus excu-sables : alors nous détériorons notre propre bien ; au lieu de fonder uneprospérité croissante, nous introduisons un principe de déclin'.

Voyons si tel n’a pas été l’effet du système suivi par la plupart des Étatsd’Europe, relativement à leurs colonies, et examinons la question, soit dansl’intérêt de la colonie, soit dans l’intérêt de la métropole.

Jamais un pays n’est bien gouverné quand son gouvernement réside au

' On pourrait croire que la puissance du gouvernement lui donne des moyensde faire jouir la métropole de certains avantages aux dépens des peuples étran-gers ; mais ce ne pourrait être que par l’ascendant de l’astuce ou de la force,moyens nécessairement précaires et peu durables.

On pourrait croire aussi qu’un gouvernement peut, par de sages règlements,favoriser le développement de l’industrie, comme s’il existait, pour les dévelop-pements de tous genres, des circonstances plus favorables que l’indépendanceet la liberté.