DES COLONIES.
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loin, et surtout quand il réside à deux mille, trois mille, cinq mille lieuesde distance. Comment ce gouvernement pourvoirait-il à des besoins, àdes intérêts qu’il connaît mal? Comment pourvoirait-il avec promptitudeà des besoins urgents? Le gouvernement d’une métropole, situé à unegrande distance, est obligé de confier à des agents qu’il connaît imparfai-tement un pouvoir presque discrétionnaire; il est toujours dupe des rap-ports intéressés qu’on lui fait. Les colonies dépendantes ont toujours étéaussi mal habitées que mal gouvernées. On n’y va qu’avec l’esprit de re-tour, c’est-à-dire pour revenir en Europe jouir d’une fortune acquisebien ou mal.
Nulle contrée ne saurait fleurir avec des conditions si contraires. Pourqu’un pays prospère, et même seulement pour qu’il se soutienne, il faut,en supposant un climat favorable et des capitaux suffisants, que chaqueplanteur, chaque habitant s’identifie avec le pays qu’il exploite; il fautqu’il s’y conduise comme on se conduit quand on veut continuer à vivredans la même contrée et y laisser sa femme et ses enfants; il faut quele pays soit administré dans l’intérêt de la localité, dans l’intérêt deshabitants, par eux-mêmes ou leurs délégués ; ce qui peut s’exprimer enmoins de mots en disant qu’il doit être indépendant.
On citera des colonies qui ont prospéré dans la dépendance de leurmétropole ; mais il faudrait constater d’abord jusqu’à quel point cette pros-périté a été réelle, et ensuite si elle n’a point tenu à des causes étrangèresà leur dépendance et d’un effet supérieur ; tellement que leur dépendance,loin de favoriser leur développement, y a nui jusqu’à un certain point. Aubout de trois cents années de la domination de l’Espagne sur l’Amériquedu Sud et sur le Mexique, on a lieu d’être surpris de l’état peu avancé oùces vastes et fécondes contrées étaient encore lorsqu’elles se sont généra-lement insurgées. Mais cette surprise cesse complètement lorsque l’onconnaît les règlements industriels, les monopoles dont elles étaient vic-times et la façon dont elles étaient administrées avant cette époque '.
On a beaucoup vanté la prospérité des Antilles françaises et surtout de
1 On a publié en 1826 des notes secrètes, qui ne sont autre chose qu’un rap-port fait à l’ancien gouvernement espagnol par deux hommes instruits qu’il avaitchargés de parcourir ses possessions d’Amérique* *; et après les avoir lues, onn’éprouve d’autre étonnement, si ce n’est que ces colonies aient pu subsister silongtemps sur ce pied.
* Xolictas sécrétas de América, por don Jorge Juan, y don Antonio dt Ulloa. Londres, 1826, in 1.
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