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QUATRIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXIII.
se raidir contre les conséquences qu’il entraîne; mais c’est en vain. Lespeuples d’Europe ne consentiront pas éternellement à un sacrifice répétéchaque année pour soutenir un ordre de choses contraire à leurs intérêts.Tandis qu’un fil les rattache encore à leurs colonies, peut-être celles-ciferaient-elles sagement de se prêter à tous les changements graduels quipourrontconduire,sansdésastres, àun ordre de choses capable de se main-tenir par lui-même.
Si la population esclave est redoutable pour les colons, ils doivent tendreà la réduire en nombre et à relâcher ses liens, c’est-à-dire, donner fran-chement les mains à la suppression totale de la traite, et à l’affranchisse-ment graduel des esclaves 1 2 * * . Si la suppression future et inévitable de l’es-clavage ne leur permet pas de soutenir la concurrence des producteursde sucre situés dans des endroits plus favorables à cette culture; s’ils neparviennent pas à y introduire des procédés plus économiques; ils serontforcés de substituer une autre culture à celle-là, et, au total, de faire lesarifice d’une partie de leurs capitaux, pour placer le surplus d’une ma-nière qui leur procure des profils sans grever la fortune ou la personne deleurs semblables.
Quoi qu’il en soit, ce qui n’arrivera pas par la sagesse des hommes, ar-rivera par la force des choses. Les fabriques de sucre se multiplient dansle nord de la France 5 . Les puissances d’Europe profiteront tôt ou tardd’un expérience coûteuse; elles renonceront à exercer une protection quileur est à charge ; mais elles ne souffriront pas qu’aucune nation ait ledroit d’exclure toutes les autres d’un marché avantageux; et, après s’êtrebattues pour tenir sous leur joug des pays éloignés, elles se battront pourassurer leur indépendance. Elles seraient plus sages encore de ne pointse battre du tout.
1 On ne saurait trop déplorer l’imprudence des planteurs de la Martinique,qui, par leur orgueil et leurs persécutions, ont totalement aliéné les hommesde couleur libres et industrieux dont ils auraient pu se faire un appui.
2 Les prévisions de l’auteur se sont réalisées; la culture de la betterave s’est
étendue de plus en plus et la production du sucre indigène, qui en est résultée,est venue faire une concurrence accablante pour les colonies. Le gouvernementfrançais n’a tenu compte d’aucun avertissement et la nécessité d’une réforme
du régime colonial est devenue de plus en plus imminente, sans avoir été suffi-samment préparée à l’avance. Voir plus haut la note de 2 la page 254.
• Note de l'éditeur).