DE LA COMPAGNIE DES INDES D’ANGLETERRE.
659
contrôle sont de même chèrement payés. Moyennant cela, les hommesinfluents prennent facilement leur parti de voir les rives du Gange op-primés, la dette de la compagnie journellement accrue et le commercenational contrarié dans ses développements.
Cependant, depuis que les hauts fonctionnaires de la compagnie et l’ad-ministration de l’Étal se surveillent mutuellement; depuis que des plaintesredoutables ont retend dans la chambre des communes ; depuis qu’unemultitude d’écrits ont éclairé la nation anglaise sur le véritable état deschoses et sur ses véritables intérêts, les abus ont sensiblement diminué.L’administration anglaise dans ces vastes et fertiles contrées paraît avoirchangé de caractère. Elle est devenue protectrice des propriétés; la justiceest équitablement rendue dans tous les pays administrés directement parles Anglais, et les appels aux tribunaux supérieurs ayant été rendus plusfaciles, les rajahs et les princes tributaires ont été contraints de rendredes jugements à peu près équitables.
La police européenne, la répression des crimes et le jugement par jurys’introduisent graduellement. Les Anglais ont absolument renoncé à laprétention de corriger les préjugés des Indous et de les amener au chris-tianisme’. Leur politique est même de préférer qu’ils demeurent dans
1 On est fondé à leur reprocher de pousser ce ménagement trop loin, dartf cequi a rapport à une coutume qui, à juste titre, inspire l’horreur dans toutes lesautres contrées de la terre; c’est-à-dire à l’usage qui commande aux veuves dese brûler sur les corps de leurs époux. Je dis que c’est l’usage et non la loi quile commande; mais l’usage peut être aussi impérieux que la loi. Ce n’est passans horreur que, dans des rapports mis sous les yeux de la chambre des com-munes, on a vu que dans la seule province du Bengale, le nombre des veuvesqui se sont brûlées vivantes s’est élevé,
En 1815, à 378.
En 1816, à 442.
En 1817, à 707.
En 1818, à 839.
En 1819, à 650.
En 1820, à 597.
Or, la province du Bengale est celle où l’autorité des Anglais est la plus di-recte et la mieux confirmée. Cet acte barbare est à la fois regardé comme unepreuve de tendresse conjugale et comme une œuvre religieuse. Les prêtres per-suadent à l’infortunée victime qu’il dépend d’elle, par ce sacrifice temporel, desoustraire son mari aux flammes éternelles et de s’assurer le paradis à elle-même.