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Tome II.
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48 CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE X.

Quand l’état de la société devient tel qu’elle réclame un peu moins detravail manuel, toutes les classes ouvrières sont en souffrance, avec cettedifférence que l’homme de métier conserve presque toujours des moyensde subsister dont un simple manouvrier peut manquer tout-à-fait. Unouvrier maçon peut faire le métier de manœuvre au besoin ; tandis que lemanœuvre ne peut pas à l’instant même devenir un maçon. Si mêmel’homme de métier est forcé de se réduire au rôle d’homme de peine, ils’en acquitte toujours avec un peu plus d’intelligence et de dextérité ; cequile fait préférer. Aussi la disette de travail, et les souffrances de la classeouvrière, commencent-elles toujours par affecter les simples manouvrierset ceux des ouvriers dont la capacité est la plus ordinaire. Dans une po-pulation qui décline, c’est la classe où l’offre des services excède toujoursla demande; c ? est celle par où commence la dépopulation.

Je répéterai ici une observation que j’ai déjà faite à l’occasion d’uneautre classe d’industrieux, c’est que les moyens d’existence des ouvriersne sont point une quantité fixe. Il faut plus ou moins-de moyens d’exis-tence selon les climats et les mœurs des nations. Un ouvrier de Paris oude Londres périrait de besoin avec ce qui suffit à un ouvrier du Bengale.Et non seulement il faut à celui-ci moins de denrées alimentaires, moinsde vêtements, moins de logement et moins de plaisirs, mais tous ces objetsde consommation sont réellement moins chers au Bengale qu’en Europe.

Lors donc que je dis que les salaires d’ouvriers ne s’élèvent que jusqu’aupoint de leur procurer les moyens d’exister, je sous-entends toujoursselon les mœurs du pays qu'ils habitent'. Il faut également sous-entendreque c’est dans l'état naturel et ordinaire des choses; car une circonstanceextraordinaire fait quelquefois monter le salaire des ouvriers à un tauxfort supérieur à celui que j’assigne ici. Après un grand incendie, un dé-sastre, on est obligé de payer fort cher les ouvriers dont on a besoin pourle réparer.

Nous avons vu comment est en général limité le nombre des entrepre-

1 Dans l’ancienne Rome, les vignerons qu’on louait pour tailler les ceps quel’usage était de marier aux arbres, stipulaient dans leurs contrats que, s’ils ve-naient à tomber et à se tuer, ce serait le maître qui paierait la sépulture. Onpeut regarder cette légère augmentation au salaire de l’ouvrier, comme unesuite des opinions des peuples de l’antiquité qui se passaient fort bien de che-mises, mais qui regardaient comme un affreux malheur d’être privés de sépul-ture. Voyez Gioja : Nuovo prospcllo dette scicnze êconomiche, tome II, page 30.