90 CINQUIÈME PARTIE. - CHAPITRE XVII.
par le succès de l’iniquité, revinrent sur des opérations depuis longtempsconsommées, et, sous le nom d’indemnités, commirent sur leurs anciensprêteurs des extorsions d’où résulta la ruine de plusieurs d’entre eux.
Heureusement ces infâmes menées parvinrent aux oreilles del’inlendanlde la province, et cet intendant se trouva être un homme probe et éclairé :c’était Turgot. Pour soustraire les malheureux prêteurs à d’odieuses pro-cédures, il obtint que toutes ces affaires fussent renvoyées au conseil duroi. Il fallut invoquer l’arbitraire pour combattre une législation barbare,de même qu’on emploie les poisons pour guérir certaines maladies. Leconseil du roi fit cesser toutes les poursuites, mais n’osa pas changer unelégislation protégée par l’Église. Il fallut la révolution de 1789 pour fairetomber des lois qui, étant contraires à la nature des choses et au bien dela société, n’étaient qu’un désordre revêtu d’un beau nom
Dans cette scandaleuse occasion, le risque des prêteurs ayant excédécelui de perdre leur capital, puisqu’il avait été jusqu’à compromettre leurspersonnes, produisit un effet bien plus fâcheux que d’élever la primeexigée par les prêteurs. Il supprima pour un temps toute espèce de prêtà intérêt ; ce qui équivaut à une prime infiniment grande. Les capitaux secachèrent ; il fut impossible d’escompter ou d’emprunter à aucun prix ;les faillites se succédèrent ; plusieurs établissements industriels furent ren-versés.
On ne conçoit pas facilement l’utilité d’une gêne qui ne profite à aucunepartie du public ; tandis que la liberté sert à la fois le prêteur et l’em-prunteur, et que l’usure elle-même est favorable à ce dernier. Turgot cite,comme un exemple de cette vérité, les avances que font à Paris les prê-teurs qu’on appelle àla petite semaine, à ces petits marchands qui achètentles denrées à la halle pour les revendre dans les différents quartiers dela capitale. Ils prennent jusqu’à deux sous par semaine sur un écu detrois francs; ce qui équivaut à un intérêt de 173 pourcent. C’est sur depareils emprunts que roule le commerce des menues denrées de Paris.« Néamoins, dit Turgot à ce sujet, les emprunteurs ne se plaignent pas« des conditions de ce prêt, sans lequel ils ne pourraient exercer un corn-et merce qui les fait vivre; et les prêteurs ne s’enrichissent pas beaucoup,« parce que cet intérêt exorbitant n’est guère que la compensation du« risque que court le capital. En effet, l’insolvabilité d’un seul emprunteur
Voyez les OEuvres de Targui , tonie V, p. O'ié.