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Tome II.
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SIXIÈME PARTIE.

DU NOMBRE ET DE LA CONDITION DES HOMMES.

CHAPITRE PREMIER.

Du principe de la population.

Après avoir cherché à vous expliquer comment sont produits les biensqui servent à l’entretien delà société, et suivant quelles proportions ils s’ydistribuent, je vais observer avec vous, messieurs, les effets qui en ré-sultent relativement au nombre et à la condition des hommes.

Apprenons d’abord à quelles causes nous devons attribuer la multipli-cation des êtres humains. Ces causes, quelles qu’elles soient, nous les ap-pellerons le principe, l’origine de la population. Nous chercherons ensuitecomment celte population humaine se maintient, se multiplie et décroît ;enfin nous verrons en quoi elle peut être regardée comme misérable ouprospère.

Relativement à ce dernier point, une explication est nécessaire quipréviendra bien des chicanes. Les hommes sont heureux ou malheureux,selon qu’ils jouissent de certains biens, ou selon qu’ils en sont privés. Maisces biens ne sont pas tous du domaine de l’économie politique. Elle n’en-seigne à l’homme ni les moyens de conserver sa santé, que l’hygiène etl’art de guérir ne peuvent eux-mêmes lui procurer qu’en partie; ni lesmoyens de se concilier l’estime et l'affection de ses semblables, que l’étudede l’homme moral peut seule nous faire connaître. L’homme en proie àdes désirs qu’il ne peut satisfaire, celui que tourmentent l’envie, ou lahaine, ou des terreurs religieuses, peuvent, jusqu’à un certain point, êtrepréservés de ces maux par la philosophie. La politique expérimentale peutenseigner aux hommes en société comment ils obtiennent la sécurité et lelibre développement de leurs facultés ; mais pour jouir de ces biens, queles hommes ne peuvent atteindre que pàr le perfectionnement de leur in-telligence et de leurs habitudes, il faut [qu’ils puissent exister, et mêmequ’ils puissent exister avec un certain degré d’aisance. Or, ce point fonda-menlale est celui que se propose l’économie politique ; et lorsque je parle