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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE I«\
de nations misérables on prospères, je ne considère que les conditions aumoyen desquelles elles peuvent exister avec le degré d’aisance dont unegrande société est susceptible, laissant à ceux qui cultivent d’autres con-naissances le soin de chercher les conditions au moyen desquelles l'hommepeut parvenir à l’entier développement de son être.
Je reviens aux conditions nécessaires à l’existence de l’homme en société.
Je ne sais si Ton parviendra jamais à caractériser le principe de vie au-trement que par ses effets. Nous savons qu’un être est vivant par la ma-nière dont il se comporte ; du reste nous ne pouvons, soit dans les animaux,soit dans les plantes, assigner aucune autre différence entre la matièrevivante et la matière morte et inorganique.
Nous savons également qu’une foule d’accidents, et finalement la vé-tusté, font passer perpétuellement les êtres organisés de l’état de vie àl’état de mort, sans qu’aucun exemple du contraire se soit jamais offert ànous, c’est-à-dire sans qu’aucune portion de matière ait jamais passé del’état inorganique à l’état organisé, autrement qu’en suivant les lois éta-blies de la génération et de la nutrition, qui ne sont que des faits dont lacause nous échappe. Des espèces entières d’animaux et de plantes, qui ontété vivantes une fois, n’existent plus à l’état de vie : nous n’en retrouvonsles vestiges que dans des débris fossiles ; et nous ne concevons aucune pos-sibilité que ces espèces pussent se renouveler, sans un acte particulier dela volonté divine, sans une influence surnaturelle dont nous n’avons pointd’exemple avéré. Suivant l’ordre de la nature, tel qu’il se manifeste à nous,il serait rigoureusement possible que tantôt une espèce, tantôt une autre,passât de l’état de vie à l’état de mort, jusqu’à ce que la terre entière necontînt plus un seul être vivant. Nous ne pouvons, dans ce cas, concevoirla possibilité qu’il en revînt jamais.
Mais la nature a pris les plus fortes précautions pour prévenir l’anéan-tissement des espèces. Les êtres vivants éprouvent un besoin constant de senourrir, c’est-à-dire d’absorber et d’assimiler à eux-mêmes des matièresmortes et inorganiques, et en même temps ils éprouvent à un certain âgele besoin de reproduire des êtres semblables à eux, qui, grandissant à leurtour parla nourriture, tendent constamment, aussi bien que leurs parents,à étendre le cercle de la matière organisée et l’empire de la vie sur la mort.
Mais de toutes les précautions prises par la nature pour conserver lesespèces, celle sur laquelle elle paraît avoir le plus compté est l’extrêmeprofusion des germes; tellement que, quelle que soit la quantité qui s’en