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Tome II.
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SIXIÈME PARTIE. - CHAPITRE VIII.

commerce qui s’étend jusqu’aux confins de l’univers, et ces colonisationsqui portent la civilisation sur des terres naguères inhabitées'.

Dans tous les pays où l’esclavage est admis, chez les Orientaux, dansles contrées d’Amérique où l’on a conservé des nègres esclaves, on setromperait beaucoup si Ton mesurait l’importance du pays sur le nombredes hommes. C’est leur qualité, non moins que leur nombre, qui est àconsidérer; et leur qualité dépend principalement de ce qu’ils ont à con-sommer. Leur instruction fait partie de leur consommation ; car la nour-riture de l’intelligence et de Tàme coûte aussi bien que celle du corps.

Laissant de côté la question de savoir s’il convient à un peuple d’êtrepuissant au-delà de ce qui est nécessaire à la sécurité, à l’indépendancedes citoyens, tout le monde conviendra qu’il est désirable que la puissanced’une nation s’étende jusqu’au point qu’elle ne puisse pas être facilementenvahie, et qu’elle puisse efficacement protéger ceux de ses citoyens quele commerce ou les sciences conduisent hors de chez elle : or, cette puis-sance, du moins dans les temps modernes, est due principalement à laproduction des richesses; car des armées nombreuses et braves ne suffi-raient plus pour étendre l’influence d’une nation : il faut de plus que cesarmées soient bien entretenues, pourvues de vaisseaux et d’une immensequantité d’armes et de munitions ; autrement leurs attaques, malgré lesplus éclatants succès, n’entraînent point de conséquences durables, et biensouvent se terminent parle désastre et la confusion.

Quant à la condition des hommes, il est évident que chaque homme, enparticulier, ne tire aucun surcroît de bonheur du nombre de ses conci-toyens, mais bien plutôt de son aisance personnelle et de l’aisance du restede sa nation ; car, à défaut d’aisance, chaque famille a d’autant plus deressources que le pays tout entier est mieux pourvu. Or, une populationn’est bien pourvue qu’à l’aide d’une quantité de produits suffisante.

Qu’on ne se prévale pas ici de ce principe établi plus haut, qu’une nom-breuse population est l’indication d’une production abondante. Avec unclimat et des habitudes semblables, sans doute le pays le plus productifsera le plus peuplé; mais avec des besoins circonscrits, il pourra être plus

’ Depuis que ces lignes ont été écrites, les deux États ont mesuré leurs forceset le conflit n’a pas duré longtemps. Le céleste empire a dû subir à son tourl’influence de cette race anglo-saxonne dont les colonies font le tour du monde.

'Noie de l'édileur.)