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Tome II.
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HUITIÈME PARTIE. - CHAPITRE VI.

marchandises sont remballées précipitamment, en désordre; les voiturierset les propriétaires des effets y perdent un temps précieux ; et le fisc neprofile en rien de ces pertes.

Il faut placer dans la catégorie des impôts ou de la portion des impôts quin’entrent pas dans le fisc tous les frais de recouvrement, quels qu’ils soient.

Les droits-réunis 1 2 étaient modérés dans l’origine, lorsqu’ils furent or-ganisés par Bonaparte. C’est une maxime dans les finances que, pour tirerbeaucoup d’argent des peuples, il faut commencer par leur en demanderpeu ; car, quand on ajoute graduellement au fardeau d’une bête de somme,on parvient à lui faire supporter une charge considérable ; elle dépérit pluspromptement, il est vrai ; mais on en a tiré un service plus grand. Les mau-vais gouvernements, peu ménagers de l’avenir, écoutent volontiers les pré-ceptes des gens de finance ; les droits-réunis, devenus si vexatoires depuis,surtout les droits sur les boissons, étaient alors fort supportables. On re-présenta au prince que celte perception, qui exigerait une armée de plusde vingt mille employés, coûterait au gouvernement au delà de ce qu’ellelui rapporterait 1 . Bonaparte sourit de la bonhomie de l’objection; il ré-pondit qu’il ne fallait pas s’arrêter aux calculs d’une première année, etdonna à entendre que scs droils-réunis étaient une machine fiscale qu’ilétablissait; et qu’à mesure qu’on y joindrait de nouvelles perceptions àfaire, ou que l’on donnerait de l’extension aux droits anciens, la machinene coûterait rien de plus et rapporterait davantage 3 .

A ne considérer là-dedans que la question économique, et mettant ab-solument de côté le motif sinistre de multiplier les créatures du pouvoir,les frais de perception qui entrent dans la bourse des receveurs de l’impôtsont une charge pour les peuples, et ne sont pas un gain pour le trésor duprince. Suivant un de nos budgets (celui de 1820), et je n’ai pas de rai-sons de croire que les choses se soient améliorées depuis, les frais de

' Qu’on appelle maintenant les contributions indirectes.

2 Un des principaux personnages de sa cour me dit à ce sujet ; « Vous lui avezreproché ses armées d’employés ; c’est pour lui un motif de tenir à son projet :il aime autant à multiplier ses créatures qu’à remplir ses coffres. »

3 Le prince héréditaire de Danemark, que j’ai eu l’honneur de compter depuisce temps au nombre de mes élèves, me demandait à ce sujet comment Bona-parte avait osé avouer si naïvement son projet. La réponse était simple; il necraignait pas de passer pour un despote; mais il craignait beaucoup de passerpour un imbécile.