Band 
Tome II.
Seite
413
JPEG-Download
 

DE LA PERCEPTION.

4(3

part dans les bénéfices des fermiers des droits. Il se défiait de l’âpreté deses agents et voulait prendre part aux recettes dues à celle de ses fermiers.Il leur laissait tout l’odieux de l’exaction et voulait en partager les profils,i Les fermiers, de leur côté, n’avaient nul besoin de la popularité d’un gou-vernement qui ménage les peuples. De gros profits étaient pour eux uneindemnité suffisante de la haine que leur valaient leurs exactions 1 .

Dans d’autres temps, le gouvernement ne craint pas de s’associer à lahaine qui entoure les cxactcurs, en créant des régies intéressées, où lespercepteurs des impositions ont une part aux produits de leurs extorsions.Les grands besoins des gouvernements les obligent trop souvent à traiterles contribuables en peuples conquis.

Aux époques des grands désordres financiers et des profits exorbitantsqui en sont la suite, l’autorité a eu recours à des moyens extra-légauxpour obliger les traitants à rendre gorge. Tel fut l’objet des chambres ar-! dénies, des chambres étoilées, des chambres de justice, créées à diversesépoques et dans divers pays. Ces moyens, toujours odieux, parce qu’on nepeut les employer qu’à l’aide de l’arbitraire, ont presque toujours été sanseffets importants. Les principaux vampires trouvent dans leurs gains ex-cessifs des moyens de fermer les yeux des commissaires reclificateurs,dont les rigueurs tombent communément sur de légers malversateurs.Sully était fort opposé aux mesures de ce genre souvent employées parHenri IV, qui, de même que tous les princes guerriers, aimait les voiesi expéditives, et trouvait tout simple de se faire justice de vive force 8 . Maisce n’est pas le tout d’être fort, il faut être juste.

Quoique la perception des droits par des fermiers introduise l’àpreté del’intérêt privé dans les affaires publiques, et que Montesquieu trouve qu’elle1 ne convient point aux États libres, peut-être y aurait-il de l’exagération àla proscrire dans tous les cas. Si l’on mettait en ferme la poste aux lettres,elle rapporterait probablement davantage , car elle serait exploitée avec

; ' Des fermiers-généraux vertueux, pour justifier à leurs propres yeux l’énor-

mité de leurs gains, faisaient un noble usage de leurs richesses : Helvétius don-nait des pensions à des hommes de lettres peu fortunés, comme à Saurin, àDumarsais. Lavoisier consacrait les siennes à l’avancement des sciences. Peut-[ être auraient-ils dû faire le bien plus ouvertement, afin que justice fût faite à; qui elle était due.

’ On peut consulter divers endroits des Mémoires de Sully, et notamment cequ’il en dit au livre 24 s .