Band 
Tome II.
Seite
448
JPEG-Download
 

148

HUITIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIV.

facilité ne mette la force aux mains de la sottise, des préjugés et des pas-sions politiques. Alors, on verrait les dépenses ordinaires d’un Étal s’éle-ver au niveau des circonstances les plus extraordinaires ; on multiplieraitles emplois inutiles et les traitements scandaleux ; le pouvoir prodigueraitses récompenses à d’hypocrites enthousiastes de la royauté, à des écri-vains mercenaires, toujours prêts à justifier les mesures les plus fâcheuses,que sais-je? peut-être à des législateurs empressés à les convertir en lois; |à des juges serviles moins disposés à suivre les lois de l’équité qu’à lire jdans les yeux des grands les jugements qu’ils doivent prononcer. On pour- jrail même craindre que l’on ne fît marcher des bataillons que pour sou- jtenir des intérêts sinistres et des doctrines décriées, et qu’on ne procurât ]aux nations la douleur de ne payer de plus gros impôts qu’afin de les jtuer, de les piller et de les corrompre plus sûrement. I

On n’est pas bien certain de l’époque où Ton s’est avisé, pour la premièrefois, de donner des emprunts par souscription. On voit, dans l’ouvrage deM. Robert Hamilton , ouvrage nourri de faits et fondé sur les meilleursprincipes de l’économie politique, que, dans l’année 1759, le gouvernementanglais fit un emprunt dans lequel il se reconnut débiteur envers soncréancier de 115 livres sterling pour 100 livres qu’il avait reçues; et qu’en1760, il se reconnut débiteur de 103 livres pour 100 livres avancées parle prêteur '. Mais ces emprunts portaient intérêt, le premier à 3 pour 100,et le second à 4 pour 100 ; et il paraît que cet avantage offert pour descréances remboursables, n’avait pour objet que de balancer la modicité desintérêts par la supériorité du capital. Il y a encore loin de là à des em-prunts livrés à des compagnies de traitants, et négociés au taux voulu parles prêteurs; de telle sorte que, depuis ce temps, il a suffi, quand le mi- ■nistre ne trouvait pas un bon prix de ses renies, de multiplier le nombre ■des rentes inscrites pour arriver en principal à la somme qu’il voulait javoir. Il paraît que cet abus du crédit public est dû à Pilt, et Ton peut \

. , , 5

avancer hardiment que, par l’emploi de celle manœuvre, ce ministre a etcplus fatal à l’Angleterre que les dilapidations de Galonné ne l’ont été à laFrance.

' Rob. Ilamillon's Inquiry conccrning lhe rise and progrèss of the national jdélit, page 88. j