HISTOIRE ABRÉGÉE DE L’ÉCONOMIE POLITIQUE. 557
Il possédait bien les langues anciennes et tous les langages modernes oùil y a quelque chose à apprendre. Les articles étymologies, foires , mar-chés, fondations, qu’il fit pour le Dictionnaire encyclopédique, décèlentune vaste instruction ; et les doctrines de l’économie politique les plussévères ne trouveraient pas un mot à y changer, même à présent. Maisses plus beaux litres de gloire sont les travaux de son intendance et deson ministère, dans lesquels on le trouve constamment dirigé vers le butde remplacer l’administration abusive et barbare de nos pères par desinstitutions favorables au plus grand bien du plus grand nombre.
Les progrès du siècle se manifestaient graduellement. Chastellux, dansson excellent ouvrage de la Félicité publique , prouvait que le bien-êtredes nations dépend de l’abondance de leur production, comparée à leurpopulation. Après cinquante ans , tout ce qu’on trouve dans ce livre estaussi vrai que le premier jour. C’est un de ceux que l’homme d’État peutlire avec le plus de fruit.
Un grand nombre de publicistes italiens ont publié des vues plus oumoins justes, plus ou moins ingénieuses, sur l’économie politique. Onpeut leur reprocher en général de ne leur avoir pas donné des fonde-ments assez solides; ce sont des opinions inspirées presque toujours parl’amour de la patrie, mais non des déductions rigoureuses de faits bienétablis. Des opinions, des voeux, ne sont pas une science ; cependant onpeut puiser dans leurs écrits des idées précieuses, qui n’ont pas d’anté-cédents et dont il faut inventer les conséquences.
Telle est l’idée mise en avant par Verri, que l’utilité qui résulte ducommerce consiste dans le simple transport, dans la façon qui place leproduit sous la main du consommateur; mais celte idée, sans développe-ments, sans liaison avec le système entier de la production, n’est devenueune partie de la science que dans les mains de ses successeurs 1 . Verriest un des esprits les plus judicieux qui aient écrit sur l’économie poli-tique. Il voyait mieux le fond des choses que les économistes. Beccariaet lui étaient compatriotes et amis : tous deux se sont occupés de morale,de même que la plupart des économistes anciens et modernes.
1 On en peut dire autant de l’observation suivante du même auteur : « L'ar-« gent lui-même est une chose, un métal, dont la valeur est représentée par tout« ce qu’on donne en échange pour l’avoir. La propriété de représenter la valeur« est commune à toutes les marchandises. Celte définition ne convient donc« pas exclusivement à l’argent. » Medilazioni sulla économie potitica, §^.